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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

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Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

I De l'afro-optimisme à l'afro-réalisme

1) Africa rising : un continent en pleine croissance

Tandis que la plupart des pays développés et des pays émergents d’Asie et d’Amérique Latine doivent composer avec les retombées de la crise économique, l’Afrique tire son épingle du jeu en affichant des taux de croissance supérieurs à 5%. A ce rythme, son PIB qui dépasse aujourd’hui les 2000 Milliards d’USD pourrait doubler d’ici une douzaine d’années. La croissance démographique suit également une courbe ascendante ; avec une population d’un milliard d’habitants et qui devrait atteindre plus de 2 milliards d’individus en 2050, l’Afrique constitue un véritable marché intérieur. De plus, le continent regorge de ressources naturelles et de matières premières encore sous exploitées. Peu étonnant alors de voir se confirmer l’intérêt des investisseurs internationaux pour ce nouvel Eldorado africain. En témoigne le volume des IDE entrants sur le continent qui s’élève à plus de 56 Milliards USD en 2013. Le commerce des marchandises n’est pas en reste puisque les échanges commerciaux ont doublé entre 2005 et 2012 pour atteindre 1200 Milliards USD.

Malgré des inégalités certaines, domine l’idée d’une Afrique conquérante et émergente dont la croissance repose sur des changements structurels globaux. De plus en plus de pays africains bénéficient de taux d’endettement faibles et d’une maîtrise globale des dépenses publiques et de l’inflation. Parallèlement, on observe dans de nombreux pays une augmentation relative de la stabilité politique associée à une amélioration de la gouvernance et des processus démocratiques.

L’autre point de basculement primordial tient dans le développement du secteur tertiaire dans  certains pays. L’activité économique y est de plus en plus tirée par des secteurs comme les télécommunications, les services financiers, l’agroalimentaire, l’immobilier ou encore la production artistique. Les Etats africains jouent par ailleurs un rôle primordial dans la croissance du continent, à travers l’intensification des politiques économiques volontaristes menées pour stimuler l’investissement.

En outre, la forte croissance démographique susmentionnée s’accompagne d’une relative montée en puissance de la classe moyenne sur l’ensemble du continent, créant une augmentation de la demande intérieure. Ainsi, en 2014, 106 millions de foyers africains devraient disposer d’un revenu annuel de plus de 5000 USD – un seuil au-delà duquel ils consacreront selon les experts, la moitié de leurs revenus à des biens non-alimentaires – contre environ 59 millions de foyers en 2000. La main d’œuvre africaine représente également un avantage comparatif de premier ordre pour le continent. L’Afrique devrait en effet reprendre ses droits dans la division mondiale du travail de par son bon classement en termes de coût du travail et de productivité, mais aussi de par sa population jeune et active qui est amenée à dépasser celle de la Chine et de l’Inde en 2040. Le taux d’urbanisation qui a doublé depuis les années 1980 peut également être un facteur de productivité et de hausse de la demande.

2) Afro réalisme : De l’optimisme à la nécessaire optimisation de la croissance

Malgré l’afro-optimisme naissant, les prévisions montrent que la possibilité d’un moindre dynamisme en cas de poursuite de l’atonie de l’économie mondiale n’est pas écartée. Certains modèles de réussite africains sont en perte de vitesse, comme l’Afrique du Sud ou le Ghana qui connaissent un double déficit. Si la croissance africaine est indubitable, on peut alors légitimement se poser la question de sa durabilité.

1. L’Afrique de tous les maux

Pour le moment, beaucoup de gouvernements ou d’entreprises privées restent réticents à l’idée d’investir dans un continent qui peine à se débarrasser de ses fardeaux. L’hypothèse d’éventuelles tensions politiques et sociales sur le continent vient assombrir l’image de l’Afrique et menacer les réalisations durement acquises.

Malgré une baisse notable des conflits interétatiques, le continent est en proie à une insécurité grandissante dont la nature évolue. Elles se matérialisent sous plusieurs formes : guerre civile, terrorisme, violences post-électorales, trafics de drogue, d’armes ou de personnes. Si l’on regarde l’indice Amadeus de Stabilité en Afrique en 2014, on remarque que la majorité des pays africains présentés comme les nouveaux lions, exemples de réussite économique, jouissent d’un indice de stabilité satisfaisant (Ghana, Gabon, Rwanda, Ethiopie…). Insécurité et développement sont intimement liés; les conflits en Afrique et la perception qu’a le monde de la dangerosité du continent sont des freins indéniables au maintien de la croissance sur le continent.

A ceci s’ajoute l’image d’un continent corrompu et hautement bureaucratique. D’après l’indice 2014 de perception de la corruption établi par Transparency International, 23 pays africains figurent parmi les 50 pays les plus corrompus. (1)

Un autre élément vient ternir l’image de l’Afrique auprès des investisseurs : le sentiment d’avoir à faire à un continent pauvre et fragile. L’Afrique a du mal à se débarrasser des stéréotypes véhiculés à l’extérieur du continent. Pour beaucoup, l’Afrique demeure uniquement un réceptacle de l’Aide Publique au Développement et non pas un potentiel partenaire commercial. Ce sentiment est renforcé par les crises humanitaires qui frappent une Afrique touchée par des sécheresses dévastatrices. La fragilité des économies africaines a également récemment été mise en avant par la crise d’Ebola.

2. Une économie non durable et non inclusive

En dehors de ces fléaux qui remettent en cause l’image dorée de l’Afrique, d’autres éléments plus structurels nous obligent à relativiser l’optimisme porté sur le continent. Il semblerait  que la croissance repose sur un modèle économique dépendant et non durable et que les fruits de celle-ci ne permettent pas de répondre aux défis socio-économiques majeurs du continent. Se pose alors la question de savoir si la croissance africaine possède les moyens de sa pérennité.

Lorsque nous parlons de croissance africaine, nous avons tendance à considérer l’Afrique dans son ensemble. Il est pourtant primordial de prendre en compte la multiformité des économies du continent. Les experts parlent souvent d’une Afrique à trois vitesses. On différencie alors les économies basées principalement sur les matières premières (en particuliers des pays du Golfe de Guinée et du Sahel), les économies diversifiées et ouvertes bénéficiant d’un effet d’entrainement (L’Egypte, l’Afrique du Sud ou encore le Maroc), et les économies en transformation qui se caractérisent par un taux d’ouverture moyen et une diversification croissante (Ethiopie, Rwanda, Ouganda, Kenya, Ghana…).

Malgré cette diversité des modèles économiques africains une tendance majoritaire se dessine : La croissance a été tirée principalement par l’augmentation du prix des matières premières. Un grand nombre de pays dépendent en effet des recettes d’exportation de ces matières premières et se caractérisent par la prédominance d’une agriculture de subsistance accompagnée d’une faible base industrielle. Ils sont alors confrontés au problème du « syndrome hollandais » : en période de boom, la compétitivité des autres secteurs d’activité est réduite et les prix et les importations augmentent pour ces biens non compétitifs ; en période de contre-choc, l’économie accumule les déséquilibres financiers.

Un certain nombre de ces économies sont  financée par la rente minière ou pétrolière, au détriment des secteurs tertiaires et industriels. C’est le cas par exemple de l’Angola et du Congo Brazaville pour qui l’économie pétrolière représente plus de 90% des exportations. (2)(3) D’autres pays non pétroliers sont tout aussi dépendants du cours des matières premières comme l’a montré la crise ivoirienne de 2011 qui a provoqué une flambée du cours du cacao ayant de lourds impacts sur l’économie ivoirienne.

Cette dépendance aux matières premières pose d’autant plus problème à un moment où l’économie mondiale fait face à la raréfaction de ces ressources. Cela vaut également pour les ressources agricoles dont dépend 80% de la population africaine. Or le secteur agricole en Afrique demeure dépendant des conditions environnementales et météorologiques et de la demande extérieure. Ainsi, lors des sécheresses de 2011, les Economies Somalienne et Ethiopienne ont été d’autant plus touchées que l’agriculture représente respectivement 60% et 43% de leur PIB. (4)

Parallèlement, le continent Africain souffre d’une faible industrialisation. Malgré une augmentation de la part de l’industrie dans certaines économies africaines, notamment dans les pays à faible revenus, la part de l’Afrique subsaharienne dans la production manufacturière n’a cessé de décroître pour passer sous la barre des 1% et cette production manufacturière ne compte plus que pour 8% de la richesse produite en Afrique subsaharienne, proportion qui ne cesse de diminuer depuis les années 80.

Toutefois, notons que la croissance africaine a également été emmenée par les efforts de diversification de toute une catégorie de pays que l’on a précédemment qualifié de pays en transformation. L’Afrique voit en effet émerger à un rythme remarquable des Etats non producteurs de pétrole et beaucoup moins tributaires des ressources naturelles. Ces nouveaux lions que représentent l’Ethiopie, le Rwanda, le Ghana, l’Ouganda ou encore le Kenya, tendent à devenir des pays agro-industriels plus diversifiés.

Un deuxième point clé fait obstacle à la pérennisation de la croissance africaine : sa non-inclusivité. Le phénomène de rente pétrolière et minière illustre parfaitement cette problématique. Les richesses produites par cette rente ont prouvé ne profiter que très peu aux populations qui peinent à sortir des cycles vicieux de la pauvreté et des inégalités. Au contraire, on ressent très vite les limites d’une croissance incapable de contrebalancer le poids des grands défis socio-économiques.

Si la pauvreté a reculé en Afrique de manière globale, le nombre d’africains vivants avec moins de 1.25$ par jour reste incroyablement élevé, représentant 386 millions de personnes en 2012. La pauvreté n’affecte pas que les pays à faible revenu puisqu’elle frappe près de 70% de la population du Nigéria et de l’Angola qui sont les premiers exportateurs de pétrole en Afrique. C’est également 21% de la population totale qui continue de souffrir de la faim et 223 millions de personnes qui sont en situation de sous-alimentation chronique.

La croissance africaine ne semble pas servir le développement du continent, pas plus que la forte croissance démographique qui s’avère être un défi à relever plus qu’un atout. L’Afrique n’a pas encore entamé sa transition démographique. L’explosion démographique a eu lieu suite à l’accroissement de la longévité mais la natalité tarde à être maîtrisée. Dans 15 pays d’Afrique, la moitié de la population a moins de 18ans. Au Niger, en Ouganda et au Tchad, 50% a même moins de 16ans. (5) La croissance non maîtrisée de la population et a fortiori de la jeunesse pose des défis considérables en termes d’éducation, de santé et d’emploi. A l’heure actuelle, les institutions ne sont pas encore en mesure de fournir les services de bases nécessaires au bon développement de sa population.

Pour finir, l’urbanisation massive susmentionnée qui accompagne cette croissance démographique non maîtrisée est un défi d’envergure pour les pays africains. En 2009, près de 40% des Africains résident en ville. D’après UN-Habitat, cette population urbaine devrait tripler pour atteindre 1,23 milliards d’habitant en 2050. Se multiplient alors les problèmes urbains de toute sorte tels que le manque de logement, l’adaptation des transports, la gestion de l’eau et des déchets… Selon un rapport du PNUD et de l’ONU Habitat, 60% des citadins africains vivent dans les bidonvilles où l’assainissement et l’approvisionnement en eau laissent à désirer.

 

II- Comment pérenniser la croissance africaine ?

1) Vers une croissance inclusive

Face à ce constat, il parait primordial pour le continent africain de mettre en œuvre des politiques faisant en sorte de transformer la croissance en un réel outil de développement. En 10 ans, le formidable dynamisme économique qu’a connu le continent africain n’a pas été capable de créer un cadre propice au développement social et humain, ne bénéficiant qu’à une mince part de la population. La priorité doit donc aujourd’hui être donnée à l’inclusivité de cette croissance.

L’ensemble des experts semble s’accorder sur la nécessaire bonne gouvernance comme condition essentielle au bon développement d’un pays. Si l’on compare les données de l’indice mondial de gouvernance de la banque mondiale (6), on note que celui-ci est proportionnel au niveau de revenu des pays. L’Etat doit se positionner comme un exemple à suivre, en faisant preuve de la transparence la plus totale et en éliminant la corruption. Celle-ci ampute l’économie africaine en freinant les investisseurs et affecte les citoyens en empêchant la transformation de la croissance économique en un dividende perçu par tous.

Par définition, rendre la croissance inclusive consiste à mettre l’individu au centre des politiques de développement. « Nous devons investir dans les ressources qui sont durables et disponibles partout dans le monde » explique M. Brahim Benjelloun-Touimi, administrateur de la banque BMCE au Maroc (7). C’est du capital humain et immatériel dont il fait mention considérant celui-ci comme un gisement de croissance inestimable et largement sous-exploité. Nous l’avons vu, la population africaine est jeune et en pleine croissance. Elle est aussi largement victime de chômage, d’exclusion sociale, d’analphabétisme et de maladies.

Bien que l’on ait observé une démocratisation de l’enseignement primaire depuis les années 2000, des efforts restent à faire pour développer l’enseignement secondaire et supérieur. Par ailleurs, c’est la qualité de l’enseignement qui est remise en cause. On note un taux d’abandon et de redoublement encore très important et 25% des élèves n’ont pas les compétences fondamentales en alphabétisation fonctionnelle lors de leur sortie du système scolaire. (8) Les Etats africains doivent également s’engager à adapter l’offre de l’enseignement supérieur aux demandes et aux besoins du marché.

La santé, est un enjeu non moins essentiel à l’essor du continent. Nous avons pu observer avec la crise d’Ebola les conséquences dramatiques d’un manque de moyen évident dans ce domaine. Investir dans la santé permet de répondre efficacement aux pandémies et d’en prévenir les risques. L’accès de tous aux soins médicaux et à des médicaments à bas coût est loin d’être un acquis en Afrique. La prolifération de faux médicaments est un fléau qu’il faut également combattre.

2) La nécessaire transformation de l’économie africaine

Au-delà du renforcement des capacités institutionnelles et humaines, la pérennisation de la croissance africaine passe par la refonte du système économique en lui-même allant dans le sens de sa diversification.

L’économie Africaine pêche en effet par sa forte dépendance aux matières premières. Comme le fait remarquer Maria Luisa Abrantes, Directrice de l’Agence Angolaise d’Investissement, le pétrole ne sera pas éternellement abondant et bon marché en Angola et il est donc nécessaire de diversifier l’économie du pays. Cette diversification aura lieu grâce au passage à une économie transformative. La plupart des pays africains exportent leurs ressources naturelles à l’état brut et perdent donc de la valeur ajoutée. A titre d’exemple, le Nigéria est le premier producteur de pétrole en Afrique subsaharienne et pourtant ce pays importe la moitié de son essence. Il est nécessaire alors pour l’Afrique d’investir dans des projets miniers et des infrastructures qui rendront possibles la transformation des matières premières encore sous-exploitées. Développer des filières industrielles à haute valeur ajoutée, notamment en transformant ces matières premières, permettra à l’Afrique de devenir plus compétitive et de renforcer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

Plus généralement, l’industrie manufacturière, actuellement grande absente de l’économie africaine, représente un levier de croissance inestimable. Le continent doit tirer profit des avantages comparatifs que représentent les faibles niveaux de salaire et la richesse en ressources primaires pour développer un véritable secteur manufacturier porteur de croissance. L’artisanat, la pêche industrielle, le textile ou encore l’agro-industrie font partie de ces secteurs industriels encore sous-exploités. Le développement de l’industrie africaine pourra alors à la fois être source de demande majeure pour le secteur des services et stimuler la croissance agricole en soutenant la demande de certaines matières premières. A ce titre, si l’agriculture représente un secteur clé de l’économie africaine, employant plus de 60% de la population active, elle ne contribue qu’à hauteur de 30% du PIB total. Cette faible productivité s’explique par le manque d’investissement notoire dans le secteur. On estime à 50 milliards USD annuels les investissements qu’il faudrait consacrer au secteur pour améliorer sa productivité. Le continent doit urgemment amorcer sa « révolution verte » en augmentant les investissements dans l’outil de production agricole et en mettant en place de meilleures politiques agricoles et d’aide aux petits agriculteurs. L’agriculture pourra ainsi devenir un véritable facteur de croissance durable et de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

Par ailleurs, la durabilité de la croissance ne pourra se faire sans la consolidation de l’infrastructure financière sur laquelle repose l’économie. Malgré une claire expansion du secteur bancaire africain, les taux de bancarisation avoisinent seulement les 18%. Les institutions financières africaines bénéficient encore d’une large marge de manœuvre en termes d’innovations pour rendre le secteur bancaire attractif. Elles doivent aussi jouer un rôle clé dans la mobilisation de l’épargne. Pour cela elles doivent à la fois offrir une protection aux épargnants et aux contribuables, mais aussi consolider leur mission de distribution de crédits. Le développement du mobile Banking, des assurances ou encore la facilitation d’accès aux prêts et microcrédits peuvent par exemple contribuer à l’inclusion financière et favoriser à la fois la consommation des ménages et les investissements privés dans des projets à forte valeur ajoutée.

Les institutions financières ont un rôle important à jouer en rendant attractifs les IDE. Certains investisseurs mentionnent quelques éléments qui font encore obstacle à cette attractivité comme le manque de liquidité qui rend difficile l’achat ou la vente d’actifs sur les marchés ou la non-convertibilité des monnaies africaines. Les initiatives telles que le projet Casablanca Finance City vont dans ce sens-là et sont par conséquence à valoriser. Ce projet financier cherche en effet à drainer les investissements étrangers vers l’Afrique de l’Ouest à travers une plateforme défiscalisée.

Il est primordial également d’encourager les investissements privés et les partenariats publics privés, qu’ils soient continentaux ou internationaux et de les orienter dans certains domaines innovants et porteurs. Aux secteurs de l’industrie déjà mentionnés, on peut ajouter les énergies renouvelables, facteurs de développement durable et l’immobilier qui s’avère être un domaine primordial pour répondre au défi de l’urbanisation massive. Mais l’élément premier sur lequel tout le monde s’accorde est le nécessaire développement des infrastructures d’énergie, de transport, d’eau,  et de télécommunication. Selon la Banque Mondiale, l’Afrique devrait investir 9% du PIB dans la construction d’infrastructures et leur entretien. Actuellement, elle y consacre moitié moins chaque année. Si l’on se penche sur l’exemple des infrastructures de transport, on remarque que l’accessibilité routière dans les zones rurales est très faible, que l’infrastructure portuaire est déficiente les ports étant de trop petite taille, que le taux de transport aérien en Afrique est minime (4,5%) et que l’état des infrastructures ferroviaire est très vétuste, celui-ci ne s’étant pas ou peu développé depuis l’époque coloniale. Le continent africain est donc très mal connecté ce qui affecte les coûts de production et de service, et a un impact sur l’attractivité du continent en termes d’IDE et sur le développement des échanges commerciaux.

 

3) Pour une solution africaine

Toutes ces mesures politiques, économiques et sociales n’auront de sens que si elles entrent dans une cohérence régionale et continentale. Dans la réflexion sur la pérennisation de la croissance africaine se pose la question de l’africanité de cette croissance. Quelle est la cohésion et la complémentarité entre les économies africaines ? Quelle intégration pour quelle cohérence politique et économique ? Et aussi comment le continent contribue-t-il à son propre développement ?

Le commerce intra-africain ne représente aujourd’hui que 11% des échanges extérieurs du continent. Les problèmes d’infrastructures susmentionnés, comme le manque de liaisons intra-africaines en termes de transport, constituent les raisons principales puisqu’ils freinent les investissements et les échanges commerciaux. Sur ce point mais également dans d’autres domaines comme l’énergie ou l’électricité, la solution ne peut être apportée que par une coopération entre les différents pays et le développement de projets d’infrastructure à dimension régionale. Parallèlement, pour que le commerce intra-africain fonctionne, il faut que les pays jouent le jeu continental et travaillent à l’assouplissement des réglementations et au développement des complémentarités sectorielles de leurs économies.

Le développement des échanges commerciaux entre les pays africains est une première étape vers l’intégration régionale et continentale. Nous avons vu que les menaces économiques, politiques, écologiques, humanitaires qui pèsent constamment sur l’Afrique sont nombreuses. Elles ne pourront être surmontées que dans le rassemblement des forces. Il ne serait pas étonnant alors que la pérennité de la croissance africaine passe par l’approfondissement du rôle des Communautés Economiques Régionales (CER). A ce titre, la Communauté d’ Afrique de l’Est a mis en place des projets régionaux réussis qui ont permis d’une part la réactivation de la croissance par la réalisation d’infrastructures communes (oléoducs, chemins de fer…) et d’autre part la valorisation des avantages comparatifs sur une base régionale. (9) A l’inverse, le coût de la non-intégration du Maghreb représente de 2 à 3% du PIB annuel pour les pays de la région qui pourraient pourtant tirer profit d’une certaine complémentarité des marchés et attirer plus sûrement les investisseurs étrangers. (10)

L’attraction des investisseurs internationaux en Afrique passe également par une intégration financière. C’est le projet de CFC (Casa Finance City) qui se veut un véritable hub économique et financier favorisant la convergence des réglementations et le rapprochement entre les opérateurs africains. A travers une plus forte intégration régionale, les pays africains seraient ainsi en mesure d’affirmer au mieux leur position sur la scène internationale.

Le continent africain a les ressources humaines et matérielles pour pouvoir contribuer à son propre développement. Encore faut-il qu’il se dote d’une stratégie commune pour prendre en main son destin. Pour reprendre les mots de Youssouf Ouedraogo, conseiller spécial du Président de la Banque Africaine de Développement, « l’Afrique doit rendre le financement de son développement plus autonome (…). Cela veut dire qu’elle doit d’abord puiser en elle-même ses ressources et capacités internes pour être capable d’orienter ses stratégies et ses politiques de développement ». C’est l’idée qui se trouve derrière la mise en place du fonds d’investissement Africa 50 de la BAD financé « par l’Afrique pour l’Afrique ».

Cette plus forte intégration régionale et cette autonomisation ne veulent pas dire pour autant que le continent doit se fermer sur lui-même. Au contraire, la consolidation et la diversification des échanges avec le reste du monde est un facteur de croissance primordial. Les faibles complémentarités sectorielles entre pays africains multiplient les raisons de penser cela. Un développement des échanges  internationaux permet en effet de favoriser la spécialisation et d’élargir les marchés. A ce titre, les relations de l’Afrique avec les autres pays du Sud sont en constante augmentation, la Chine en tête de cette envolée. Seulement, ces échanges doivent se faire dans une logique « gagnant-gagnant » pour éviter les controverses qui ont pu accompagner le développement des échanges sino-africains par exemple. Se pose alors la question du transfert des technologies, indispensable pour consolider la croissance africaine. Aujourd’hui, l’Afrique reste essentiellement exportatrice de matières premières et beaucoup de projets d’investissement se font principalement avec de la main d’œuvre chinoise. (11) Rééquilibrer les relations de l’Afrique avec le reste du monde est primordial et passe par la réappropriation des filières à haute valeurs ajoutées qui permettront la création d’emplois africains. Cela concourrait à répondre aux défis de la croissance démographique et de la marginalisation des jeunes en favorisant l’inclusivité de la croissance qui serait alors rendue plus pérenne. Aux africains de prendre leurs cartes en main et de tirer profit des richesses qu’ils possèdent et des convoitises donc ils sont l’objet. (12)

Auteure : Alicia Charles, chargée d'études au sein du think tank Institut Amadeus (Avec Talal SALAHDINE et Xuan Daî VERET)

 

(1)     Transparency International, 2014. Corruption Perceptions Index 2014: Results. [En ligne]
Available at: http://www.transparency.org/cpi2014/results

(2)     Banque Africaine de Développement, Perspectives économiques de l’Angola, 2014 [En ligne]

(3)     Banque Mondiale, Le Congo doit diversifier son économie et penser à l’après-pétrole, 18janvier 2013 [En ligne]

(4)     Banque Africaine de Développement, Perspectives économiques, 2014

(5)     UNFPA, 2014. State of World Population 2014.

(6)     World Bank, Worldwide Governance Indicator. [Online] Available at: http://info.worldbank.org/governance/wgi/index.aspx#reports

(7)     Brahim Benjelloun-Touimi, MEDays 2014

(8)     Edstats, 2012, Which countries have increased education expenditures the most since 2000 ?, weekly Edstats, Banque Mondiale

(9)     Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement, Analyse comparative des processus d’intégration économique régionale, 2001 Ministère des Affaires Etrangères Français

(10)  Oxfam France, 20ème anniversaire de la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc : Des coûts significatifs pour le Maghreb, Août 2014

(11)  M. Hugon in, Chine-Afrique : Le transfert de technologie indispensable pour soutenir la croissance économique, Maliweb

(12)  Alphaly, Chine-Afrique : Le transfert de technologie indispensable pour soutenir la croissance économique, Maliweb

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