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L’Egypte Post-Morsi : les Salafistes en embuscade ?

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Le parti salafiste al-Nour a provoqué la stupeur des observateurs internationaux en prenant position le 5 juillet dernier pour la destitution du président Mohammed Morsi de la tête de l’Egypte par l’armée. Cet engagement aux côtés de l’opposition contre le maintien d’un Frère Musulman à la tête de l’Etat égyptien laisse perplexe tant en termes de stratégie politique que de positionnement idéologique. Les autres partis salafistes tels le groupe Hazem Abou Ismaïl, critiques du président Morsi, n’ont pas manqué de condamner le retournement d’al-Nour et la trahison que représente son alliance contre nature avec les partis de l’opposition « anti-islamiques ». La position du parti n’est pourtant pas aussi simple, et ses louvoiements depuis la destitution de Morsi contribuent à brouiller les pistes.

 

En effet, après un soutien sans faille aux Frères Musulmans et au décret présidentiel de novembre 2012, les tensions se sont cristallisées entre les deux formations politiques jusqu’à l’engagement d’Al-Nour en faveur du mouvement populaire et de l’intervention militaire. Rappelons que la césure avec la ligne de conduite des Frères Musulmans est née de la peur qu’eurent les salafistes d’al-Nour de l’influence religieuse que le pouvoir politique leur procurait. Au lieu de voir en eux les artisans des fondements d’un Etat conservateur islamiste, comme les autres groupes salafistes les percevaient, al-Nour a vu une menace d’hégémonie religieuse dans leur contrôle des lieux de cultes par le ministère des biens religieux. Néanmoins, afin de conserver son rôle de parti le plus représentatif de la mouvance salafiste en Egypte et de s’imposer comme force fédératrice, Al-Nour a posé son veto à la nomination du social-démocrate Ziad Bahaa Eldin comme chef d’un gouvernement d’union nationale ainsi qu’à celle de Mohamed El Baradei, un des plus fervents critiques des Frères.

La fluidité de ses positions représente aujourd’hui un défi tant pour sa base électorale, forte de 29% des suffrages aux dernières élections législatives, qu’au sein des membres du parti, qui a essuyé un nombre important de démissions. La plus remarquée étant celle de son dirigeant Emad Abdel Ghafour, parti fonder Al-Watan.

Les partis d’opposition, eux-mêmes très hétéroclites et divisés, tentent de jouir de cette alliance circonstancielle. Il est néanmoins difficilement concevable d’espérer un terrain d’entente dans la promulgation d’une nouvelle constitution à la fin du mois de juillet, tant les intérêts et les idéologies respectives sont divergents. Le scénario de l’impasse décisionnelle et d’élargissement de la fracture divisant l’Egypte paraît donc le plus probable avec une telle distribution des forces en présence.

Semblant à la fois seul contre tous et acteur actif, fort de sa base populaire, la position d’al-Nour a cela d’inédite qu’un parti jeune créé en mai 2011 puisse devenir en deux ans un pilier incontournable du paysage politique égyptien. Il faut cependant faire preuve de prudence pour asserter de son rôle d’arbitre déterminant de l’échiquier politique égyptien à venir, sa force de pragmatisme opportun et ses divisions internes pouvant s’avérer un handicap aux yeux de ses sympathisants, ce qui pourrait menacer à court terme son existence.

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