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Mali : l’équation touareg

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L’ensemble du continent africain se félicitait encore de l’issue des présidentielles au Sénégal, avec une double leçon donné par ce pays : à la fois de maturité démocratique et d’alternance générationnelle. Le Mali, malgré d’insistantes rumeurs de report, s’apprêtait à son tour à vivre d’indécises échéances électorales et par là même consolider la voie laissée en 2002 par le prédécesseur du Président démissionnaire Amadou Toumani Touré (ATT), Alpha Oumar Konaré qui, en respectant la Constitution malienne qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux, quittera le pouvoir cette année-là. L’enjeu est majeur : ATT non candidat, il s’agissait de maintenir le Mali parmi le cercle (restreint) des démocraties africaines émergeantes.

Rien ne semblait présager à priori le coup d’Etat survenu le 22 mars, soit quelques semaines seulement avant le premier tour. Bien sûr, des troubles au Nord du pays, œuvre des Touaregs du MNLA, se faisaient de plus en plus inquiétants. Conflit récurrent comme il en existe d’autres  ailleurs en Afrique (région de la Casamance, Nord-Est de la République centrafricaine…) mettant en scène pouvoir central et groupes rebelles, prompts à se manifester notamment en période électorale. Fait somme toute banal ?

rebels-maliErreur, le renversement de Kadhafi courant 2011 a désormais considérablement changé la donne. L’effondrement  de la Jamahiriya est en effet à l’origine de la prolifération de grandes quantités d’armes dans la région. Celle-ci a enregistré ces derniers mois un reflux important de combattants Touaregs qui représentaient une part non négligeable des bataillons de mercenaires au service du colonel déchu.

A la faveur d’une alliance contre-nature avec AQMI ou d’autres groupes islamistes armés tel Ansar Dine, le MNLA est désormais seul maître à bord dans la moitié nord du pays. Objectif avoué : faire de ce territoire appelé l’Azawad, un Etat touareg indépendant.  Un vaste territoire désertique, grand comme deux fois la France, et par ailleurs conquis avec une facilité déconcertante que la faiblesse de l’armée malienne, sous-équipée, ne saurait expliquer complétement. Une défaillance dont devrait répondre aussi la CEMOC, ce comité de coopération militaire regroupant les états-majors d’Algérie, du Mali, du Niger et de Mauritanie et  dont rappelons-le, le Maroc en est volontairement éloigné par Alger *.

Rejetant l’idée d’être placés sous le joug des Bambaras, l’ethnie majoritaire dans le Sud du pays, le peuple touareg aspira à l’autonomie bien avant l’indépendance du Mali, alors colonie sous administration française. Les nombreux accords ou pactes – souvent menés sous l’impulsion de la France ou de  l’Algérie voisine- n’y feront rien, les velléités indépendantistes dévoilées au grand jour aujourd’hui ne sont en fait que le résultat de cinquante ans de marginalisation politique et économique à l’égard des Touaregs et l’échec de Bamako à intégrer ces populations au sein de la communauté nationale.

Victime collatérale majeure: le Niger voisin qui lui aussi est confronté à la réalité touareg. Celui-ci se retrouve forcément déstabilisé alors que la politique de la main tendue exercée par Niamey depuis l’an dernier ambitionnait un début de normalisation au travers du cessez le feu, certes précaire, conclu avec la rébellion touareg nigérienne.  Tout juste investi en avril 2011, le président Issoufou, l’homme qui veut refermer la parenthèse Tandja, nomme Brigi Rafini, d’origine Touareg, Premier Ministre. Tout un symbole…

Un foyer de tension supplémentaire donc au sein d’une région déjà fortement fragilisée à la fois par le florissant trafic de drogues qui y est mené que l’implantation croissante d’AQMI.

L’expérience du Sud Soudan n’est encore que balbutiante que déjà les spectres de la partition ressurgit à nouveau sur le continent.

*une anomalie dont l’Institut Amadeus s’est souvent fait l’écho à l’occasion de ses divers travaux sur la question des enjeux sécuritaires dans la région sahélo-saharienne.


Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus

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