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Billet : La Ligue Arabe : un pas en avant, deux pas en arrière ?

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Décriée, raillée, méprisée par ses propres membres depuis des décennies, la Ligue arabe a semblé reprendre quelques couleurs en 2011. Comment aurait-il pu en être autrement  alors que la quasi-totalité des pays arabes sont confrontés à une déferlante de révoltes et manifestations sans précèdent dans la région ?

Un retour sur le devant de la scène quelque peu forcé pour cette auguste institution (née en mars 1945 c'est-à-dire quelques mois avant l’avènement de l’ONU) qui semblait condamnée à une léthargie sans fin.

Photo_Article_Ligue_arabeNe serait-ce que pour ces dernières années, les exemples des silences assourdissants dans lesquels elle s’est réfugiée pour gérer les situations de crise ne manquent pas : invasion de l’Irak en 2003, massacres au Darfour, chaos en Somalie etc…  Unique fait majeur : en 2002, l’initiative  arabe de paix pour une résolution définitive du conflit israélo-palestinien proposée par l’Arabie Saoudite et adoubée par la Ligue arabe.  Rejetée par Tel-Aviv, ce document demeure  cependant une base de négociation considérée comme crédible par les américains et l’Union Européenne.

Evidemment on pourrait rapprocher cet immobilisme latent avec la nature de la majorité des régimes qui la composaient alors : autoritaires, sclérosés et oligarchiques.

Ainsi si la prévalence de l’intérêt régional sur la souveraineté nationale demeure difficile à concrétiser au sein de l’Union Européenne par exemple, elle n’est que chimère en ce qui concerne la Ligue arabe.

Très critiquée sur le dossier libyen où elle n’aura en fait de compte qu’apporter une caution politique à l’intervention de l’OTAN avant de se cantonner de nouveau dans son rôle de spectatrice de sa propre faillite, la Ligue arabe fait face à une nouvelle impasse sur le dossier syrien entre « interventionnistes » et « souverainistes » bien qu’il soit difficile de nier que chacun pays joue sa propre partition.

Il faut dire que depuis quelques années déjà, l’institution est en proie à de conséquentes guerres d’influence. On avait alors commencé à observer un basculement progressif du centre de gravité de l’Egypte, puissance régionale historique, abritant le siège au Caire et fournisseur attitré des Secrétaires généraux (tous, à l’exception de l’intermède du tunisien Chedli Klibi de 1979 à 1990)  vers les pétromonarchies du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar (voir le précédent papier : L’hyperactivisme dangereux de la diplomatie qatarie, Geopolitik num 1) en tête. Le renversement du régime de Moubarak n’ayant que mis davantage au grand jour cette prise de pouvoir des membres influents du Conseil de Coopération du Golfe.

Cela ne va pas sans de sérieux désaccords. Irak, Liban et Algérie s’étant clairement opposés aux initiatives prises par la Ligue arabe pour mettre fin au régime de Bachar El Assad: gel du siège de la Syrie, sanctions économiques puis envoi d’une mission d’observateurs.

Une expédition, entre pressions du régime et désaveu de l’opposition, que de nombreux analystes décriront comme chaotique, alors que par ce biais ; la Ligue arabe voulait avant tout lancer un message fort : après le fiasco libyen, il est temps de mettre fin à l’ingérence des pays occidentaux. Peine perdue.

Un échec de plus pour la Ligue arabe ? Probable. On notera seulement que cette fois ci, il n’est pas dû à l’absence de réaction mais à un dysfonctionnement opérationnel alarmant. Ce qui est peut-être plus grave.

Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus

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