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Déficit public : le Maroc dans la tourmente ?

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Déficit public : le Maroc dans la tourmente ?
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L’Institut Amadeus revient sur l’un des grands enjeux de la stabilité économique et financière du Maroc dans sa table ronde mensuelle. 

 

par Frédéric Baranger
Centre d'Analyse et de Publication, Institut Amadeus

 

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Depuis trois mois, de nombreux observateurs ont commencé à s’alarmer d’un éventuel dérapage des comptes publics marocains. Le solde budgétaire s’est en effet nettement détérioré en 2010. A la fin de l’année, le déficit budgétaire atteignait quelques 35.2 milliards de dirhams, soit plus du double (+121.9%) de celui enregistré en 2009. Le déficit budgétaire s’est ainsi élevé à 4.6% du PIB en 2010, contre 2.2% en 2009.

Pire, sous la double pression de l’environnement international et du climat politique interne, le déficit pourrait dépasser les 6% du PIB en 2011.

 

L’effet « printemps arabe »

Dans un contexte régional incertain à la fois en raison du « printemps arabe » et de la crise de la dette en Europe, l’inquiétude sur le budget de l’Etat marocain est d’abord liée aux risques conjoncturels.

Comme le souligne Nadia Lamlili Rédactrice en chef de la revue Economie et Entreprises, l’explosion des charges de personnel et de la compensation constituent les deux poudrières qui menacent la stabilité des comptes publics marocains.

Depuis Janvier 2011, le pacte social, pilier de la politique du gouvernement El Fassi, a contraint le Premier ministre à accorder toujours plus de largesses pour combler le « déficit social ». La revalorisation des salaires des fonctionnaires de 600 dirhams nets et le relèvement du quota de la promotion interne dans la fonction publique coûteront quelques 8 milliards de dirhams supplémentaires au contribuable marocain. La réévaluation de 10% du salaire minimum (à compter du 1er juillet 2011) et le relèvement du niveau minimal de retraite (à 1 000 dirhams nets), tant dans le public que dans le privé, devraient également peser sur les comptes publics.

A cela, il faut ajouter la très probable explosion des dépenses de compensation pour l’année 2011. De l’aveu même de Zakaria Arifi, Chef du service en charge de la caisse de compensation au Ministère de l’Economie et des Finances, l’augmentation exponentielle des dépenses de compensation constitue « un grand risque pour le budget de l’Etat » à terme sans réforme profonde. Rien que pour la partie énergétique, la loi de finance 2011 avait été établie sur la base d’un baril à 75 USD ; à la fin mai, le prix moyen du baril sur les cinq premiers mois de l’année se situait plutôt aux alentours de 98 USD. Et rien ne laisse entrevoir que son cours pourrait à nouveau baisser. Ne serait-ce qu’en faisant l’hypothèse d’un baril stable autour de 95 USD sur le reste de l’année, les charges de compensation pourraient atteindre 42 milliards de dirhams en 2011, soit 25 milliards de dirhams de plus qu’initialement prévu.

Selon une étude de la direction Recherche et Analyse du groupe AWB Capital Markets, les dépenses budgétaires additionnelles devraient ainsi s’élever à quelques 28 milliards de dirhams. Tout égal par ailleurs, le déficit grimperait alors à 6,8% du PIB, du jamais vu depuis les déficits records des années 80.

Plus préoccupant encore, c’est la perspective de long terme du Maroc qui semble incertaine, eu égard la dégradation continue de sa balance commerciale depuis 2009. Selon l’économiste Driss Benali, le Maroc paie aujourd’hui ses choix des années 80. Le Royaume avait misé sur l’avantage comparatif simple, en se spécialisant dans le secteur du textile. En ouvrant largement son marché intérieur sur le monde avant d’y avoir préparé son économie, il s’est retrouvé submergé par l’offre de pays plus compétitifs.

Face aux économies asiatiques plus productives, plus compétitives et bénéficiant de monnaies largement sous évaluées, le Maroc aurait dû faire d’une manœuvre hautement qualifiée sa principale valeur ajoutée sur le marché mondial. L’investissement dans le capital humain reste pourtant aujourd’hui sa principale faiblesse.

Pour Zakaria Arifi, le Royaume du Maroc  s’est comporté depuis des années « en producteur de pétrole ». La libéralisation des échanges commerciaux a mené à des importations à tort et à travers, à l’opposé de ce qu’a pu faire le voisin tunisien. La politique des prix mène quant à elle à une mauvaise utilisation des matières premières.

Driss Benali souligne ainsi que la faible productivité du Royaume demeure son principal point faible ; et il ne saurait y avoir de compétitivité sans productivité. Pour lui, la situation peut ainsi se résumer en une phrase : « Pour le Maroc, s’ouvrir, c’est s’offrir ».



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