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L'accord entre Hamas et Fatah change la donne dans le processus de paix

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L'accord entre Hamas et Fatah change la donne dans le processus de paix
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Jeudi 5 mai 2011, les partis politiques palestiniens, dont les plus importants, Hamas et Fatah, ont enfin ratifié un accord qui pourra faire date dans l’histoire politique de la Palestine
pour peu que les plus pragmatiques de leurs membres ne soient pas débordés par la violence politique interne ou un cycle de violences et représailles avec Israël. L’Etat hébreu tentera à court terme de tirer des bénéfices diplomatiques en dénonçant l’implication du Hamas dans cet accord et agitant le chiffon rouge de la banalisation d’un mouvement qualifié de terroriste par les Etats Unis et l’Union européenne. Toutefois si les Palestiniens font preuve d’unité, la dynamique pourrait aboutir à donner une crédibilité plus forte à la stratégie diplomatique palestinienne en vue de la formation d’un Etat. La plateforme de l’accord prévoit notamment l’organisation des élections présidentielles et législatives communes, l’intégration progressive du Hamas à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et la libération des prisonniers politiques respectivement détenus par l’une ou l’autre faction palestinienne. Dès 2008, au travers des recommandations du forum MEDays, l’institut Amadeus avait appelé à cette réconciliation.
Retour sur les enjeux, sur l’histoire  et sur les perspectives de cet accord.

par Olivier Deau, coordinateur du centre d'analyses et publications, Institut Amadeus

1- Un peu d'histoire: acteurs palestiniens, jeu politique et processus de paix

Hamas et Fatah, deux facettes différentes de la lutte palestinienne


Hamas et Fatah ont plus en commun qu’il n’y parait de prime abord. Ils sont deux mouvements historiques qui, aux yeux des Palestiniens, incarnent une résistance combattante et poursuivent en définitive le même but stratégique : établir un Etat palestinien. Toutefois ils se distinguent par deux éléments fondamentaux: la nature de leur projet politique, Hamas est islamiste tandis que Fatah est plutôt laïc, mais aussi le terrain historique de leur lutte.
Le Fatah est historiquement un des mouvements de la résistance extérieure. Après la guerre de 1948 qui suivit la déclaration de l’Etat israélien, il a incarné depuis 1959 et pendant de longues décennies la lutte contre Israël et la stratégie d’internationalisation de la cause palestinienne. Le mouvement a constamment alterné entre une rhétorique sans concession à l’égard d’Israël et un discret appel du pied pour des négociations. La stratégie du Fatah a toujours été de constituer un pouvoir de nuisance suffisant pour obliger Israël à négocier mais aussi de combattre Israël par le droit dans les enceintes internationales grâce à une diplomatie ouverte et active.

En 1964, Yasser Arafat, fondateur du Fatah réussit à unifier les partis politiques palestiniens en créant  l’Organisation de Libération de la Palestin (OLP). En 1974, l’organisation obtient de l’ONU la qualité de membre observateur et d’unique représentant du peuple palestinien (dont 70% vit en dehors de la Palestine historique). Le siège opérationnel de l’OLP a d’abord été tenu à Amman, puis, après septembre 1970, à Beyrouth, puis enfin à Tunis –après qu’Israël ait déclenché une guerre au Liban en 1982. L’OLP a su faire vivre en son sein toute les contradictions, entre les plus radicales et les pragmatiques des factions palestiniennes. Historiquement, le parti dominant dans cette organisation a toujours été le Fatah, le parti de Yasser Arafat. Aujourd’hui la ligne politique dure du parti est incarnée par Marwan Barghouti, aujourd’hui détenu dans les prisons israéliennes, la ligne pragmatique est elle incarnée par Abou Mazen, président de l’OLP et de l’Autorité palestinienne.Hamas quant à lui est né au moment de la première intifada, déclenchée en 1987. En cela, il peut être considéré comme un mouvement de la résistance intérieure. Dès sa création il s’est lancé dans des attaques meurtrières sur le territoire d’Israël notamment par des actions kamikazes.

 

Oslo: quand la paix est néée d'un contexte géopolitique régional en pleine mutation

C’est l’émergence de ce mouvement, qui s’avère être bien plus intransigeant que Fatah, mais aussi la première intifada en tant que mouvement des Palestiniens de Cisjordanie et Gaza, qui constitueront un terrain favorable pour qu'Israël se tourne progressivement vers l’OLP pour des négociations.
Cette entame des pourparlers s’est faite en plusieurs temps et à été renforcé par des mutations majeures de l'ordre international et régional. La fin de la guerre froide et la première guerre du Golfe ont notamment coupé l’OLP de deux soutiens importants : l’URSS et l’Irak de Saddam Hussein. Cette nouvelle donne affaiblissait grandement l’OLP qui perdaient deux parrains importants. Sur la scène internationale, il n’y avait plus que les Etats Unis d'Amérique. Cet état de fait ouvrait la perspective d’une paix sous égide américaine. La conférence de Madrid ouverte en 1991 avait pour premier objectif la paix jordano-israélienne. Elle a aboutien fait à une perspective d’accord entre l’OLP et Israël qui se concrétisera à Oslo en 1992.
Hamas, n'a jamais été invité à prendre part à ces discussions. Il s’opposera farouchement à ce qu’il dénonce comme un « non processus de paix ». C’est notamment cette posture d’outsider qui lui vaudra une popularité grandissante à partir du moment où l’enlisement du processus prend forme. Le Hamas n’aura de cesse de combattre l’idée que l’OLP est la seule et unique représentation des Palestiniens et caricaturent ses dirigeants comme des Palestiniens de l’extérieur attachés à leur pouvoir et qui s’en contentent malgré l’occupation israélienne.

L’accord survenu au Caire renoue les fils de la normalisation politique en Palestine


Le premier tournant dans les relations Hamas-Fatah date de la période 2004-2005, c’est un moment charnière pour les deux grands mouvements palestiniens. La paix est dans l’impasse, la deuxième intifada a été déclenchée et les deux leaders historiques Cheikh Yassine et Yasser Arafat meurent la même année, en 2004. L’un assassiné par l’armée israélienne, l’autre de mort naturelle.
L’administration Bush a déclaré la guerre au terrorisme et laisse les mains libres à Ariel Sharon qui durant les deux années précédentes a laminé toutes les structures de l’Autorité palestinienne jusqu’à humilier son président, Yasser Arafat, en tenant le siège de la Moqata, le palais présidentiel à Ramallah. L’Autorité palestinienne est face à un énorme chantier : briser son isolement international, remettre un processus de paix sur les rails et trouver le successeur à son leader charismatique. L’autorité que Yasser Arafat exerçait sur ses troupes avait faibli avec les années, son successeur aurait du mal à remettre sur pied une structure crédible et efficace.
La figure tutélaire d’Arafat ayant disparu, c’est en 2005 que Hamas choisi de ne plus boycotter les élections, avec l’assentiment d’Israël qui se réjouit de multiplier les interlocuteurs et de diviser le front palestinien. Dès lors, commence une phase de participation politique et de compétition électorale pour le Hamas. Le mouvement se sait fort face à un Fatah en réalité très divisé par les rivalités de personnes. En 2006 Hamas parvient à remporter les élections législatives. Les Palestiniens ont accordé quasiment autant de suffrages au Hamas qu’au Fatah sur la liste nationale (environ 40% chacun), le Hamas parvient cependant à remporter plus de siège de circonscription. Le Fatah est divisé et ses personnalités se livrent une lutte suicidaire ; dans certaines de ces circonscriptions plusieurs candidats se réclamant du Fatah se présentent.
Consécutivement aux élections de 2006 et à la nomination d’un Premier ministre issu du Hamas –Ismaël Haniyeh-, les bailleurs de fonds suspendent les aides, l’Autorité palestinienne rentre dans la crise financière puis politique. A Gaza, un des hommes forts de l’Autorité palestinienne, Mohamed Dahlan s’illustre particulièrement par son agressivité envers le Hamas. Le Hamas l’accusera même de tentative d’attentat contre Ismaël Haniyeh. Dahlan est le chef de la sécurité de Gaza, l’homme parait même être hors du contrôle politique du président Mahmoud Abbas. On lui prête de l’influence grâce à des dossiers secrets sur de nombreux officiels ou encore des videos compromettantes, il se murmure aussi que certains surnomment Gaza « Dahlanistan ». C’est contre lui en particulier que le Hamas agit militairement et prend le pouvoir à Gaza en juin 2007, au point culminant de la crise entre les deux mouvements politiques.
La normalisation du jeu politique palestinien n’a donc pas eu lieu suite aux élections de 2006, les Palestiniens avaient échoué à s’entendre sur l’essentiel : préserver leur unité. C’est avec cette histoire que l’accord de réconciliation renoue. Entre la tradition politique issue du socialisme (le Fatah appartient à l’internationale socialiste) et l’islamisme, les deux mouvements misent sur un nationalisme unitaire, une ligne que l'on percevait déjà dans les propos des officiels palestiniens.

En novembre 2010, à l’occasion du forum MEDays 2010 organisé par notre institut, le négociateur palestinien s’entretenait avec les membres de l’Institut Amadeus et de la rédaction du quotidien Au Fait Maroc et tenait ses propos  : « Je ne vois pas de dissensions entre le Hamas et le Fatah. Si nous étions un Etat à part entière comme le Maroc, l’Egypte, l’Argentine ou le Nigeria, on pourrait comprendre qu’il y ait des dissensions entre nous. »



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