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Terrorisme et crime organisé: Quelle nouvelle architecture internationale en termes de sécurité globale?

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Les liens entre le terrorisme et la criminalité organisée se développent de plus en plus et apparaissent comme étant l’un des enjeux stratégiques de la lutte contre le terrorisme. Le forum MEDays a donc réuni un panel d’experts et de professionnels pour identifier ce phénomène et présenter les moyens de lutte à mettre en oeuvre.

 

Marou_amadouMarou Amadou, Président du Conseil Consultatif National de la République du Niger :

« Le projet d’AQMI au Sahel est celui de la somalisation de toute la bande. C'est-à-dire l’absence d’Etat fort. »

 

 

 

Raphael_Perl2Raphael Perl, Directeur de l’unité anti-terroriste de l’OSCE :

« En Europe occidentale, on observe une augmentation de la radicalisation, particulièrement chez les jeunes. A un certain degré, elle est alimentée et entretenue depuis l’extérieur même si on parle de terrorisme domestique. J’observe une grande frustration dans les communautés immigrées. Je suis préoccupé par le fait que si un grand ralentissement économique arrive, il sera plus facile pour le crime organisé et les causes terroristes de recruter. »

 

MM_Ould_MohamedouMohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, Visiting Professor au Graduate Institute of International Studies de Genève; Ancien Ministre des Affaires Etrangères de la République islamique de Mauritanie :

« Nous sommes déjà dans une phase post-Al Qaïda car nous connaissons Al Qaïda et que nous en avons déjà débattus. En 2010, plus ou le moins tous les experts ont fait état de la mutation, de la régionalisation et de sa décentralisation. Cela nous amène à voir ce qu’il y a derrière Al Qaïda […] Je pense que nous voyons émerger les sous-composantes d’Al Qaïda qui n’ont plus la rhétorique politique qui caractérisait les premières déclarations d’Oussama ben Laden ou d’un Ayman al-Zawahiri. Ils sont beaucoup plus criminels dans leur comportement et moins compréhensibles dans leurs modus operendii. »

 

Luis_Cuesta_Civis_2Luis Cuesta Civis, Secrétaire Général du ministère de la Défense du Royaume d’Espagne :

« A l’heure actuelle, aucun pays ne peut seul faire face et lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Nous devons le faire via des moyens multilatéraux ; à savoir l’ONU –source principale de légitimité internationale et de légalité pour les interventions internationales à l’étranger-, l’UE et l’OTAN »

 

Jean-Louis_BruguireJean-Louis Bruguière, Ancien Juge anti-terroriste :

« L’AQMI a trois agendas. Le premier est incontestablement d’attaquer la France. La logorrhée que l’on voit est la même que celle que l’on a connu en 1994 avec le GIA et le GSPC.

Le deuxième, c’est la déstabilisation du Maghreb via l’unification de l’ensemble des organisations (FIT, GCM…).

Le troisième, c’est l’utilisation de la zone sahélienne comme zone de repli pour pousser vers l’ouest car il y a une volonté de pénétration vers des cibles comme le Burkina Faso, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. »

Jean-Baptiste_CarpentierJean-Louis Carpentier, Directeur de TRACFIN :

« La lutte contre l’économie souterraine (transferts d’espèces, fraude fiscale, systèmes informels d’échanges) ainsi que l’accroissement du taux de bancarisation, me paraissent être des axes essentiels de la lutte contre le terrorisme. Ce sont également des axes de développement. »

 

 

Zafar_Hilali_2Zafar Hilaly, Ancien Ambassadeur de la République Islamique du Pakistan, Analyste spécialisé sur les questions de Défense et d’affaires Etrangères :

« C’est le terroriste qui commet le crime. Mais disons le nous, c’est la société qui a l’a conduit à commettre son crime. La première chose à faire est de combattre sur ce niveau. Il y a quelque chose dans la société qui l’a poussé à le faire. Certaines régions du Pakistan, comme les zones tribales, ont été négligées depuis les soixante dernières années. Là-bas, il n’y a rien : pas de système éducatif, pas d’infrastructure, pas d’industries, pas d’opportunités professionnelles. Donc en un sens, c’est la société qui a incité la zone à commettre des crimes. »

Geoff_PorterGeoff Porter, Consultant en sécurité internationale :

« L’AQMI est en mutation. Elle ressemble de moins en moins à une organisation de type Al Qaïda et de plus en plus comme une organisation criminelle. Ce qui est problématique, c’est que l’interaction entre le terrorisme et le crime organisé permet aux organisations terroristes de devenir plus fortes, plus riches et plus meurtrières. Paradoxalement, il y a un avantage à relier les deux notions. Celui d’envisager le terrorisme pour ce qu’il est réellement : une tactique au service d’une idéologie. En faisant cela, le terrorisme ne devient ni plus ni moins qu’un crime violent. »

 

Hubertus_HoffmanHubertus Hoffman, Président du World Security Network Foundation :

« Se présenter comme un Robin des bois est plus facile que de le faire en tant que criminel. Rejoindre un groupe de Robin des bois est plus attirant que je rejoindre un groupe de criminels. Par conséquent, nous devons empêcher les radicaux en les asphyxiant de tous leurs  arguments sur le Coran et le Prophète. J’ai une perception très positive du Prophète, mais je ne peux qu’être déçu que trop peu de musulmans le défendent quand Il est attaqué par les radicaux. »

 

Le panel a essentiellement centré sa réflexion sur l’Afrique Sahélienne et le Maghreb. Il a été rappelé que les méthodes utilisées par le crime organisé et les mouvements terroristes sont identiques : Intimidation pour maintenir la discipline au sein du groupe, attaque indiscriminante des populations, réseaux secrets et centralisés, commerce illégal.

De même, si il y a une dizaine d’années, Al-Qaida était une structure avec des activités essentiellement terroristes, on observe depuis une croissance des liens entre le crime organisé et les terroristes car elle permet un enrichissement du mouvement. Cela est vrai pour AQMI comme pour la branche pakistanaise. Cela entraine un manque de lisibilité dans leur modus operandi car leur action devient de plus en plus crapuleuse. Cette imbrication met en évidence que les actes perpétrés par les terroristes ne sont que de simples crimes violents. Ce terrorisme ne serait donc qu’un prétexte au crime qui détournerait l’aspect religieux.

Quelles réponses apporter dans la lutte ? Les intervenants s’accordent à dire qu’il n’y a pas de solution miracle. Néanmoins, on relèvera plusieurs pistes proposées par des panélistes.

Augmenter la coopération régionale

Les intervenants sont unanimes sur un point : la nécessité d’une coopération interétatique régionale efficace et concertée. La mise en place de son architecture ne doit pas être pour autant élaborée au Nord, même si les principales cibles sont occidentales. Tous les Etats du Sahel doivent y participer. Le dialogue avec et entre les populations de la bande sahélienne doit donc devenir un élément de réflexion dans l’établissement des actions contre le terrorisme car les terroristes se sont infiltrés en leur sein.

Ne pas lutter de façon exclusivement militaire

L’approche militaire n’est pas la solution pour lutter contre le terrorisme sahélien. Pour les panélistes, sous couvert de revendications religieuses, l’AQMI n’est en fin de compte qu’une organisation criminelle qui n’a d’autre but que d’augmenter ses revenus. Une approche exclusivement militaire de la lutte ne serait donc pas pertinente. Une approche globale plus compréhensive doit être adoptée. L’expérience montre que l’utilisation des fondamentaux que sont les méthodes de police judiciaire et de renseignement classiques sont les plus efficaces.

Lutter contre les fonds frauduleux

La lutte contre ses financements participe de cette logique, car la mise à mal des modes de moyens financiers criminels a comme effet indirect celle des mouvements terroristes. La coopération interétatique en la matière est indispensable et se développe progressivement, notamment en matière de lutte contre les fonds frauduleux et la chasse aux avoirs terroristes.

Ne pas oublier l’origine sociale du terrorisme

Le développement de politiques sociales doit devenir prioritaire. Education, lutte contre la discrimination et aides étatiques sont autant de freins au désœuvrement qui pousse les gens à basculer dans le terrorisme. Lutte contre le terrorisme et développement sont donc deux combats à lier car les membres d’une société financièrement et socialement moins désœuvrée aura moins tendance à rejoindre le crime et éventuellement un réseau terroriste. Les aides internationales et les politiques publiques nationales doivent aller dans ce sens.

Communiquer plus pour démonter les argumentaires terroristes

Autre axe évoqué par les panélistes : celui de la réponse systématique aux arguments utilisés par les fondamentalistes et les terroristes. Ces derniers ont trop tendance à utiliser des arguments religieux pour se légitimer. Pour les intervenants, le fait de ne pas répondre créé un vide occupé par ces mouvements. Vide qu’il convient de combler afin d’éviter de renforcer la crédibilité idéologique de ces mouvements. La lutte contre le terrorisme passera donc également par une plus grande pédagogie de la part des gouvernements et des figures religieuses importantes.

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