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Débat MEDays 2010: Catastrophes naturelles, aide humanitaire et reconstruction: le conflit long terme et court terme

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Le changement climatique augmentera la fréquence des désastres naturels, dans les pays du Sud notamment. Face à ces risques accrus et aux conséquences meurtrières, les intervenants du forum MEDays 2010 ont rappelé et tiré les leçons des expériences de certains pays en matière de gouvernance territoriale, nationale pour traiter sur le long terme la prévention des risques naturels. Une leçon fondamentale: les conséquences meurtrières des phénomènes naturels ne sont pas une fatalité pour le Sud ou les pays en développement.

 

Les exemples concrets de 2010: Haïti et le Pakistan

Marie-Denise Jean, ambassadrice de la république d'Haïti à l'UNESCO a rappelé le terreau sur lequel le séisme du 14 janvier 2010 a déroulé sa puissance meurtrière. Le pays était structurellement vulnérable à cause de déséquilibres socio-économiques. Depuis les années 70, l'économie agricole grâce à laquelle Haïti maintenait alors une quasi auto suffisance alimentaire (90%) s'est lentement dégradée. La paupérisation des campagnes et la croissance naturelle a rapidement amené à une explosion urbaine de la capitale qui est passé de 150 000 à 2,5 Mio entre 1950 et 2008. Cette croissance urbaine a été effectuée par du bâti de basse qualité. Le séisme qui a entraîné la mort de 300 000 Haïtiens environ n'était pas d'une magnitude extrêmement forte, elle était comparable à la magnitude du séisme au Chili (février 2010) qui a causé beaucoup moins de pertes en vie humaine. Selon les mots du président René Préval, "en Haïti ce n'est donc pas le séisme qui a tué, c'est la misère". Mais ce qu'unanimement les intervenants de la séance concluent c'est également que ce qui a tué, c'est la mauvaise gouvernance du pays et ce depuis des décennies, "avec toutefois une amélioration depuis 2004" concède l'ambassadeur Pierre Duquesne diplomatiquement. Les années d'incurie et de dictature sans considération de stratégie de prévention ou de développement ont favorisé un développement anarchique et une misère endémique. A Haïti, pourtant, les dons ont afflué et un cadre de gouvernance de cette manne internationale a été créé. Provisoirement c'est une Commission (Internationale pour le Reconstruction d'Haiti) paritaire et co-présidé par René Préval et Bill Clinton qui définit la stratégie de long terme pour la reconstruction. Elle est cité en exemple par Pierre Duquesne, qui en est le membre français, car elle est transparente et inclusive (donateurs, collectivités locales, administrations centrales et ONG).

Au Pakistan, Bilal Khan, coordinateur du programme des réfugiés au Sud Waziristan pour l'Organisation Internationale des Migrations, rappelle que les inondations de l'automne ont été une catastrophe en pertes de vie  humaines. Le problème majeur de son pays est celui des déplacés internes. 4 millions de déplacés, des conflits internes d'une intensité suffisante pour créer exode de certaines régions du Nord vers les plaines et des populations fragilisées qui se sont installées en zones inondables, voici les facteurs latents de vulnérabilité qui ont tué. De plus, le gouvernement est incapable d'avoir une réaction rapide et efficace et de facto les organisations islamistes occuppent le terrain humanitaire. Salvano Briceño, directeur de la stratégie de réduction des risques à l'Organisation des Nations Unies, rappelle que le changement de gouvernement a balayé les efforts de planification urbaine hors zone inondable impulsés après le tremblement de terre de 2005.

La gouvernance: clef de voûte de la mise en place d'une vraie stratégie nationale de réduction des risques

Le problème réellement posé est donc bel et bien celui de la gouvernance. Les désastres les plus meurtriers sont en fait des révélateurs d'un système qui n'a pas su anticiper ou appliquer une stratégie. Slavano Briceño balaye de son expérience l'explication fondé sur une incapacité économique du pays pour se mettre à niveau:  "iI y a c'est un fait, des pays pauvres qui ont su parfaitement prendre les mesures et adopter les politiques adéquates. C'est le cas de Cuba, du Bangladesh ou de la Chine qui ont considérablement réduit la vulnérabilité de leur population." Il n'y a donc pas de catastrophes naturelles. La catastrophe commence lorsque le bâtiment est mal construit, ou au mauvais endroit, c'est donc une catastrophe humaine.

Le problème qui est posé est celui de la tranversalité du travail et de la difficulté à faire travailler de nombreux ministères ou administrations en commun et ce dans une optique de long terme.  Il est nécessaire de  mettre en place une politique intégrée et inclusive, car il faut la définir sectoriellement, contrôler son application, former et éduquer pour son application. Pour cela M. Briceño souligne que c'est le sommet de l'Etat qui doit s'impliquer dans ces sujets transversaux. Au Bangladesh par exemple, c'est le chef du gouvernement qui avait imposé un calendrier et des objectifs clairs. Si la tête de l'Etat ne prend pas en charge le dossier de la vulnérabilité des personnes, chaque administration ou chaque autorité locale travaillera sur un aspect limité du problème et cela n'aboutit pas à le résoudre dans le long terme.

Dans cette gestion post-catastrophe, la question de la démocratie apparait. L'année 2011 est par exemple une année d'élections en Haïti. MM. Duquesne et Briceño réitérent le soutien à la démarche électorale, qui est en fait la position de la "communauté internationale". Pour eux, le système électif apporte un gage d'une concurrence dans la sphère politique. "Au moins", dit M. Briceño, "avec un système électif, un pouvoir qui prend des mauvaises décisions peut être amener à partir et la concurrence électorale fait que chaque décision est réversible", bonne ou mauvaise.

Le rôle de la communauté internationale et des ONG

La question de fond posée par la problématique du panel était celle de la  limite de l'aide humanitaire pour la reconstruction post-catastrophe. Karim Bensiali, directeur Moyen Orient de l'association de la croix rouge et du croissant rouge, revient sur la récolte des fonds pour le Tsunami de 2004 qui a excédé le besoin pour l'aide humanitaire de première urgence.  Le temps du don correspond  généralement au temps de la couverture médiatique et de l'émotion. Il rappelle également le rôle crucial de son organisation sur la gestion de ces crises humanitaires.

Pierre Duquesne distingue plusieurs phases dans la gestion post-catastrophe. Dans un premier temps, l'aide humanitaire d'urgence est nécessaire et efficace mais il faut qu'elle se limite à cette première phase et recherche à mettre les autorités locales en situation d'assumer la gestion post-catastrophe le plus rapidement possible. Par expérience toutefois il expose que l'aide n'est pas nécessaire ni même suffisante lorsqu'il s'agit de reconstruction sans stratégie nationale de réduction des risques qui a une assise dans les institutions du pays et qui est partagé et appliqué par ces institutions.

Il faut donc une révolution dans les mentalités des organisations de terrain qui ne doivent pas se substituer aux institutions locales ou nationales. Il faut une évolution des pratiques dans les  pays récipiendaires qui doivent bâtir les moyens de long terme pour une sécurisation des populations et assumer une transparence d'utilisation de l'aide. Il faut enfin que les donateurs évoluent et ne se contentent pas d'une "aide-projet", c'est à dire construire un hôpital ou une école mais s'engage bel et bien à un soutien de long terme. Parfois les pays donateurs ont tendance à faire des effets d'annonce lors du temps médiatique et rentabiliser leurs aides par projet médiatiquement, sans que cela ne produisent une vraie effectivité de l'aide sur le long terme.

par Olivier DEAU

 


 

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