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Coopération triangulaire: peut-elle aider à stimuler et réguler le développement ?

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A293 milliards d’US$ d’aide supplémentaire seront nécessaires sur les 10 prochaines années si nous voulons atteindre les objectifs du Millénaire. Et pourtant, alors que le monde sort à peine d’une période de turbulences économiques d’une rare violence, la moitié des pays donateurs ont réduit leur aide au développement en 2009. En conséquence, le débat s’est réorienté sur l’efficacité de l’aide. Beaucoup d’espoir a été placé dans l’idée de créer une dynamique Sud-Sud vertueuse, qui s’appuierait sur les ressources financières du Nord.

 

MoctarOuaneMoctar Ouane, Ministre des Affaires Etrangères du Mali

 

« La plupart des économies développées n’ont pas respecté leurs engagements, au premier rang desquels de dédier 0.7% de leur PIB à l’aide au développement. (La coopération triangulaire) ne pourra jouer de rôle que si des sources de financement pérennes peuvent être mobilisées.»

 

Abdelhamid_TrikiAbdelhamid Triki, Secrétaire d'Etat à la Coopération Internationale de Tunisie

« Il y a parmi les pays du Sud des ressemblances en termes de problèmes et de cultures. Dans ce contexte, le dialogue est plus facile entre pays du Sud. »

 

Vince_HendersonVince Anderson, Représentant permanent de la Dominique à l'ONU

« J’ai  le sentiment que le Nord regarde les pays du Sud avec une grande suspicion. Je pense que c’est là l’une des raisons qui affecte l’efficacité de l’aide. »

 

AdolfKloke

 Adolf Kloke-Lesch, Directeur de la Stratégie et des Nouveaux Partenariats, GTZ

« Pour de bonnes raisons, le débat international sur le développement se concentre sur la lutte contre la pauvreté dans les pays les moins avancés. Mais nous devons réaliser qu’il existe un développement au-delà d’un ou deux dollars par jour (…).»

 

AurimarNunes

Aurimar Nunes, Premier Secrétaire, Coordinateur de la coopération bilatérale et trilatéale, Agence de Coopération Brésilienne ABC

« Les projets (de coopération triangulaire) doivent aller au-delà de ce que permet la coopération bilatérale. Sans cela, la triangulation n’a pas de sens. »

 

AlexanderTrepelkovAlex Trepelkov, Directeur, Bureau du Financement pour le Développement, Département des Affaires Economiques et Sociales, Nations Unies

“(La coopération triangulaire) contribue à la fragmentation de l’architecture internationale de l’aide au développement ; Elle mène à un accroissement du nombre d’acteurs, et complique les tentatives d’harmonisation des approches, des standards, et des pratiques. »

 

JulienAubertJulien Aubert – Conseiller auprès la Présidence de la République française sur l'Union pour la Méditerranée

« La Méditerranée est aussi bien un laboratoire qu’un exemple de coopération triangulaire. Nous coopérons sur des défis communs : eau, énergie, et infrastructures. »

 

 

Un nombre croissant de pays reconnait l’importance de la coopération triangulaire comme instrument le la coopération internationale, qui aide à satisfaire les besoins des pays en développement.

La nécessité de renforcer la coopération internationale a été clairement mise en avant dans les débats, avec un appel aux pays développés et en développement à mettre en place un nouveau partenariat pour surmonter les défis du développement. Dans cette nouvelle ère de mondialisation et de transformation rapide, aucun pays, même le plus avancé, ne peut plus espérer parvenir par lui même à une croissance et un développement durable.

Les conditions de la coopération triangulaire

Les partages d’expérience ont montré que les initiatives de coopération triangulaire se sont bâties sur des coopérations bilatérales fructueuses. Elles se concentrent sur des compétences développées par des pays dits intermédiaires qui méritent d’être transférées à des partenaires moins avancés.

La triangulation fonctionne le mieux quand tous les partenaires contribuent et gagnent. La coopération doit s’inscrire dans des programmes menés par les états, et articulés dans des projets de développement nationaux.

Les partenaires les moins avancés ont insisté sur l’importance d’être traités avec respect et comme de vrais partenaires de coopération. Ils trouvent leurs relations avec les pays du Sud plus équilibrées et moins paternalistes qu’avec les donateurs du  Nord. Ils ont aussi mis en avant que leurs partenaires du Sud étaient plus à même de comprendre leurs cultures et leur défis de développement.

Risques et limites

En l’absence d’un cadre organisationnel  bien déterminé, le paysage de l’aide trilatérale reste assez fragmenté, et se décompose en un grand nombre de petits projets.

Les donateurs du Nord ont aussi pointé du doigt que malgré les critiques auxquelles ils font face, les donateurs du Sud font, pour la majeure partie, exactement ce que les donateurs traditionnels sont appelés à éviter : ils fournissent une aide essentiellement bilatérale, et se concentrent sur une aide liée, et par projet.

Le risque de ‘déséquilibre’ a également été souligné, quand deux géants économiques pourraient s’allier dans une coopération triangulaire pour assister une tierce partie comparativement faible. Les coûts de transaction élevés peuvent aussi être un facteur limitatif, puisque la coordination de trois partenaires est nécessairement plus coûteuse que lorsque seulement deux pays sont impliqués. Enfin, le manque d’orientation stratégique pourrait se révéler être un obstacle à la montée en puissance de cette nouvelle forme de coopération.

Le développement d’initiatives de coopération triangulaire ne doit en aucun cas se faire au détriment des initiatives bilatérales existantes. Au contraire, l’aide trilatérale doit continuer à constituer un complément à la coopération bilatérale, et s’évertuer à remédier à ses défauts.

Perspectives

Comme souligné par l’Agence de Coopération Allemande, le débat international sur l’aide au développement se concentre à raison sur la lutte contre la pauvreté dans les pays les moins avancés. Mais nous devons prendre conscience qu’il existe un développement au-delà d’1$ ou 2 US$ par jour.

La coopération trilatérale peut-elle stimuler le développement ? La réponse est clairement oui. Mais quand il s’agit de le réguler, nous devons être plus prudents. Essayer d’harmoniser et de réguler les initiatives pourrait agir comme une entrave à leur développement.

On ne pourra néanmoins faire l’économie d’une enceinte qui devra aider à canaliser les initiatives, en mettant donateurs du Nord, pays-tiers, et pays les moins avancés en relation de manière efficace. Dans la Méditerranée, le Secrétariat de l’UPM ambitionne de jouer ce rôle. Au niveau international, le Forum de Coopération pour le Développement (DCF), crée au sein des Nations Unies en 2005, pourrait également avoir une place dans ce dispositif.

Il est également crucial de recenser les bonnes pratiques, et de se mettre d’accord sur un calendrier pour les diffuser parmi les acteurs du développement.

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