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Sécurité alimentaire et gouvernance de l'eau: Quelle feuille de route pour répondre à des défis communs?

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Les politiques hydrauliques étatiques sont stratégiques car elles doivent permettre d'alimenter les populations et servir un développement économique viable. Elles doivent également prendre en compte la sécurité alimentaire.et s'adapter au changement climatique. Sans quoi, le développement risque de n'être qu'une passade. Le forum MEDays a été l'occasion de réunir des ministres et des spécialistes de la question pour débattre de ce sujet et surtout de présenter des solutions.

 

 

Loc_FauchonLoïc Fauchon, Président du Conseil Mondial de l'Eau:

« Il faut modifier dans les négociations sur le climat la notion de paquet ''énergie-climat''. Le Conseil Mondial de l’Eau propose depuis plusieurs mois, la notion de paquet ''eau-énergie'' au service de la négociation climatique. La raison : il est indispensable que les fonds mis à disposition à l’échelle internationale puisse être consacré à promouvoir la mise à disposition des ressources rares que sont l’eau-énergie et les services publics que sont la santé et l’éducation. L’eau est au cœur de ces différentes choses. »

 

Abdou_KazaGénéral Abdou Kaza, Ministre de l'Eau, de l'Environnement et de la Lutte  contre la désertification de la République du Niger:

« Les pays qui bénéficient de l’initiative biocarbone ne sont pas nombreux. Il y a des conditions que les pays africains ne peuvent pas remplir immédiatement. Les deux ans restants à cette initiative seront insuffisants pour que nous puissions en bénéficier au maximum. Les normes prises au Nord ne cadrent pas donc avec les réalités africaines. »

 

 

Moise_KotayMoïse Kotayé, Ministre de la Promotion des Petites et Moyennes Entreprises, du Secteur Informel et du Guichet Unique de la République Centrafricaine:

« Avec les pesticides, nous avons recherché la surproduction. Ensuite, nous avons pensé que la mise en œuvre de l’alternative OGM pouvait répondre aux préoccupations mondiales de sécurité alimentaire. Chaque pays a ses lois, mais j’estime que si les effets des OGM sont destructeurs, [notamment en termes de maladies,] il sera légitime d’abandonner ce modèle. »

 

 

Paolo_LombardiPaolo Lombardi, Directeur du Bureau pour le Programme méditerranéen de la WWF:

« On peut attendre de la technologie qu’elle améliore la productivité. Mais l’eau est et restera le facteur clé de la production de nourriture. La disponibilité de l'eau dépend d'écosystèmes aquatiques adaptés. Si nous n’avons pas cela, nous n’aurons pas d’eau. Beaucoup de nos ressources en eau sont surexploitées. Et une part significative de la production agricole dépend de ressources en eau non-renouvelables. »

 

 

Abdallah_RattalAbdallah Rattal, Directeur-Adjoint au Secrétariat d'Etat de l'Eau et de l'Environnement du Royaume du Maroc:

« Dans les oasis, on observe depuis des millénaires une gestion rationnelle traditionnelle de l’eau. Malheureusement, on commence à ressentir l’impact des sécheresses, de problèmes de gestion de l’eau qui vont influencer leur devenir. Le gouvernement a lancé un projet pour augmenter leurs résiliences face au changement climatique. Cela implique des mesures modernes d’économies d’eau modernes sont mises en place, tout comme des traditionnelles : canalisations souterraines, planification locale des activités… »

 

 

Pour autant, toutes volontaires qu’elles puissent être, ces politiques restent soumises à l’aléa climatique. Sécheresses et inondations se succèdent parfois d’un trimestre à l’autre comme cela a été le cas au Niger en 2010. Avec pour conséquences tragédies humaines et anéantissement des récoltes et des semences agricoles qui obligent les Etats à solliciter l’aide internationale et paralysent l’économie nationale. Dans d’autres pays, ces phénomènes se traduisent par de massifs flux de réfugiés. Face à ces défis, des plans nationaux de gestion des ressources hydriques et alimentaires sont mis en œuvres afin de limiter les dégâts et d’élaborer de gérer cet élément clé d’un développement durable certain.

Dans les économies rurales, l’agriculture mobilise jusque 90% des ressources en eau et ce dans un contexte d’augmentation démographique. Afin d’assurer une sécurité alimentaire, les Etats n’ont d’autre choix que d’inciter le secteur agricole à modifier ses comportements afin de réduire les risques de stress hydriques. La capitalisation de la ressource eau est donc un enjeu national pour de nombreux pays et passe par la gestion intégrée des ressources en eau.

Changer les priorités de postes d’utilisation de l’eau

La généralisation de l’utilisation des eaux de pluie ou traitées doivent être une priorité pour les usages non-alimentaire (arrosage des jardins, terrains de jeu ou golfs). Encore faudrait-il élargir le plus possible l’industrie du retraitement des eaux ce qui permettrait de ménager les nappes phréatiques. La réglementation de l’utilisation de l’eau par des autorisations publiques ou des concessions est un outil de gestion hydraulique.

Optimiser les modes d’irrigations

Des solutions existent comme le contrôle de l’irrigation. Ainsi, le passage d’une irrigation fruticole à ‘’robinet ouvert’’ à celle du goutte à goutte, envisagé au Maroc y contribuerait. De même, la multiplication des barrages collinaires, associée à une amélioration des études d’impacts permettrait de mieux gérer le stockage de la ressource. Enfin, les pays qui font face à la désertification développent des modes de cultures innovants, tels la culture en demi-lune, pour reconquérir des champs arides.

Penser l’eau comme une ressource stratégique

Certains Etats exportateurs de produits agricoles souffrent également de sécheresses chroniques. Ils commencent à réfléchir à la pertinence d’exporter des fruits ou légumes qui ont nécessité un nombre important de litres d’eau et donc à exporter un élément raréfié. Dans de trop nombreux pays, l’utilisation massive d’eau vide les nappes phréatiques non-renouvelables et risque d’avoir des effets à moyen termes catastrophiques.

Sensibiliser les consommateurs finaux

Sur le plan de la prévention du gaspillage, la généralisation du concept d’eau virtuelle présentée lors de la Conférence de Kyoto en 2003 permettrait au consommateur final de prendre conscience l’impact de son achat sur les ressources en eau. Ainsi, une feuille de papier du format A4 ou une tasse de café nécessitent chacune 150 litres d’eau. Une telle visualisation favoriserait le changement des mentalités et des changements dans le mode de consommation et de régimes alimentaires de la part des pays du nord.


 

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