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Débat MEDays 2010: Prévention des conflits et référendum au Sud Soudan

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Avec la présence du conseiller politique du président soudanais, Salahuddine Ghazi Atabani ou encore de Lam Akol, secrétaire général du SPLM-DC, deux haut représentants soudanais, le forum MEDays 2010 a pu donner écho aux interrogations et incertitudes autour du processus de construction de la paix au Soudan. Dans ce débat prioritaire sur  la prévention des conflits,résolumment tourné vers l'Afrique et le Sud Soudan, il est apparu important pour mieux expliquer et réfléchir sur les processus politiques susceptibles de maintenir la paix.

 

VIDEO ET RESUME DU DEBAT

Le Soudan sera de janvier à juillet 2011, et même probablement au delà de cette date, l'objet d'une attention toute particulière de la part de la communauté internationale notamment parce qu'il est un nouveau test de sa capacité à accompagner un processus de paix. La réflexion engagée depuis  des décennies sur un agenda pour la paix amène le monde à un tournant dans l'ordre international. Plus la communauté internationale est amenée à agir, plus de nouveaux concepts opératoires naissent. Et ces nouveaux modes d'intervention deviennent de plus en plus pressants envers les pouvoirs en place pour qu'ils assurent la sécurité des populations de manière effective.

Les forces d'interposition connues sous le nom de casques bleus existent depuis 1956  (crise du canal de Suez) mais la complexité d'intervention et le coût opérationnel sont un poid  bien lourd.  La communauté internationale a donc intérêt à prendre part dans les processus de dialogue politique dans un pays et détecter en amont les crises et les fractures qui mèneront au conflit. Au Soudan le processus politique actuel date de 2005. Auparavant une armée sud-soudanaise et le gouvernement du Nord se livraient une guerre épisodique. Cette guerre, M. Joseph Maïla, directeur de la prospective au ministère des Affaires Etrangères français, en rappelle la longévité:  un des plus longs conflits modernes après le conflit irlandais puis le conflit israélo-arabe. C'est l'occasion pour lui de rappeler la nature circulaire de ces conflits, qui connaissent des phases "chaudes" puis des "refroidissements". Le continent Africain compte nombre de ces conflits "oubliés", mais aussi de ces Etats dont on sent qu'ils pourraient basculer vers la désintégration. A ce titre M. Maïla souligne également l'importance de ne jamais "laisser un vide, un appel d'air, qui permettrait à toute autre entité structurée d'organiser le contrôle des territoires et des populations".

Au Soudan: un dialogue ininterrompu mais un calendrier contesté

L'important c'est que les belligérants ou les acteurs s'accordent sur un calendrier et le contenu du processus politique. M. Salahuddine Ghazi Atabani rappelle  à ce titre que le gouvernement de Khartoum s'est bel et bien engagé à respecter le résultat d'un référendum et relate les causes de ce qui paraît être une procédure de divorce entre le Sud et le Nord du Soudan. Selon lui, les frontières héritées de la décolonisation, la différence de développement entre un Nord plus développé et un Sud enclavé et enfin une faillite de l'élite politique de Khartoum à proposer un projet de fédéralisme au Sud ont conduit aux guerres et aux tensions. Sur le contenu de l'accord, les deux parties concernées ont donc maintenu leurs engagements, cependant il reste la question du calendrier. Le referendum qui débute le 9 janvier 2011 fait peur.

M.Atabani, de concert avec M. Akol, s'alarment sur l'impréparation du processus référendaire. Les accords de 2005 ont conclu que le terme du processus politique est un référendum dans lequel les Sud Soudanais (mais aussi les ressortissants du Sud Soudan dans 8 pays étrangers) pourraient se prononcer sur l'autonomie au sein d'une fédération du Soudan ou sur leur indépendance dans un Etat à eux. A la mi-novembre, indiquent ils, le processus d'inscription des votants est tout juste entamé. Le conseiller présidentiel poursuit sa démonstration plus avant sur les conséquences du retard de nombreuses discussiosns. Le referendum pourrait aboutir à la création de deux Etats qui partageraient quelques 2100 kms de frontière sans que leurs tracés ne soient pour l'heure définis. Cette incertitude sur les fontières pourrait être motif d'action armée pour entreprendre de déterminer le tracé par la force.  Les indépendantistes Sud Soudanais ont peur quand à eux qu'un report du referendum aboutisse à ce qu'il n'y ait en fin de compte pas de référendum.  La communauté internationale par la voix des Etats du conseil de sécurité penche plutôt pour le maintien de la date du referendum tandis que les Etats Africains redoutent les conséquences plus large de l'exemple soudanais.

M. Atabani estime qu'il y a des groupes de pression qui pousse la communauté internationale à la tenue du referendum à l'échéance prévue initialementet. Il reproche à cette dernière  de trop se focaliser sur les procédures des accords plutôt que sur leurs contenus. Lam Akol rappelle lui que les reports d'échéance dans les étapes du processus de paix ont été nombreux et devraient se répercuter sur l'ensemble du processus.  Avec une promulgation de la loi sur le referendum avec 17 mois de retard et une commission électorale constituée seulement en mai 2010, les délais de préparation ont été raccourcis. Toutefois Joseph Maïla soulignera qu'à la différence de la Côte d'Ivoire, l'accord entre les deux partis est total sur les individus habilités à voter et qu'il n'y a donc moins de complications de ce point de vue. Il rappelle que le respect du calendrier participe à la légitimité du processus mais s'accorde à dire que la situation est porteuse de risques puisque ni la question des frontières ni celles des ressources n'ont été traitées. De même la question du statut des ressortissants sud soudanais qui vivent au Nord n'est pas tranchée dans le cas où le résultat du vote aboutit à l'indépendance du Sud Soudan. Enfin, les accords comportent une clause sur le processus d'application du résultat du vote qui est convenu d'une durée de six mois. Il s'agit donc d'un immense défi pour les pays de la région et la communauté internationale. Il faut contenir le processus et faire en sorte que le dialogue continue entre les partis prenantes ou peut-être dans le futur, entre les deux pays et que ces six mois soient employés à trouver des consensus sans recours aux armes.

Une inquiétude continentale: celle de créer un précédent juridique néfaste aux intérêts des Etats Africains

L'inquiétude a fait jour en Afrique au fur et à mesure que se rapprochait l'échéance du vote soudanais. L'article 2 de la charte de l'ancienne Organisation des Etats Africains disposait que les Etats signataires se prononçaient pour le "maintien des frontières coloniales" malgré toutes les difficultés que cela peut occasioner pour maintenir la concorde dans une Afrique habitée par des peuples qu  souvent ne reconnaissent pas la pertinence de ces frontières puisqu'elles séparent leur clan.

La peur c'est que de nombreux Etats Africains puissent faire face à des vélléités sécessioniste à l'image du Sud Soudan. Toute indépendance déclarée du Sud Soudan pourrait entrainer des répercussions sur le tracé de frontières africaines fragiles. Les tracés coloniaux recèlent de lignes de séparation intra-ethnique. Si les sentiments d'appartenance ethnique et de dévalorisation sociale se cristallisent partout sur le continent en des revendication autonomistes, et si un précédent juridique est créé, l'Afrique n'aura jamais fini de se diviser.

Le conflit entre le principe de la liberté des peuples à disposer d'eux mêmes et le statu quo assumé dans l'ordre international, l'ntangibilité des frontières, pose une équation compliquée aux chefs d'Etat africains. A cet égard M. Atabani a rappelé que le cas spécifique de l'Erythrée qui avait été l'objet d'une résolution du conseil de sécurité dès 1948 n'a par conséquent jamais été considéré comme un précédent juridique par les pays Africains. Le Sud Soudan pourrait le devenir.

L'enjeu du développement et le rôle de la société civile

La génèse du conflit soudanais, c'est l'échec à mettre un vrai contenu de solidarité nationale et de répartition des richesses dans un système fédéral. A cet égard l'ancien ministre des Affaires étrangères du Soudan, Lam Akol, rappelle que les accords de 2005 prévoyaient que les parties s''engagent à rendre l'unité attractive pour les Sud Soudanais. On constate donc que c'est avant tout la dynamique de l'Etat central, sa capacité à intégrer par un modèle politique et économique qui est en jeu.

La stabilité d'un Etat dépend de la capacité à rendre attractif économiquement la détention de sa citoyenneté. Toutefois cette citoyenneté doit signifier une identification culturelle et une compréhension entre les différentes communautés. Un rôle assumé par la société civile. Mauro Garufalo, représentant de la communauté San Egidio, exposera les principes d'action de son organisation qui est reconnue pour son travail de médiation. Organiser, animer le dialogue entre les communautés, proposer une démarche d'accompagnement, travailler sur les mémoires et les représentations, c'est par un travail concret que cette organisation a récolté des succès dans son action.

A l'opposé de la démarche de la communauté internationale, qui peut faire pression sur l'un des deux camps en belligérance, les organisations de la société civile en Afrique, travaillent sans recours à la contrainte. Elles peuvent parfois, à l'instar de San Egidio, organiser une médiation qui s'inscrit dans une durée plus longue mais qui aboutit aussi à une paix dans la durée. Cet accompagnement sur le long terme que les missions de paix n'ont pas toujours mandat à assumer peut trouver un relai de terrain chez ces organisations civiles. Elles peuvent, assurer la dernière étape d'un retour à la normal  dont M. Maïla rappelle les trois axes forts: la démobilisation des soldats, le désarmement et la réhabilitation.

Enfin le renforcement de l'intégration régionale entre les économies sur le continent  pourrait bénéficier à la stabilité politique. Aujourd'hui les processus de paix dans la plupart des cas sont définis dans les enceintes régionales ou plutôt sous-régionales. C'est le cas pour le processus soudanais abouti sous l'égide de l'IGAD ou encore pour la Côte d'ivoire avec les accords de Ouagadougou. Consolider les liens économiques entre les pays de la même sous région, canaliser les flux de migration pour stabiliser les équilibres communautaires et stimuler les échanges commerciaux pourraient sur le long terme renforcer la paix par des perspectives de liberté et de développement plus affirmées.

par Olivier Deau

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