Vous êtes ici : Accueil > Orientations stratégiques > Axes géographiques > Monde Arabe

Turquie, la tentation arabe ...

  • PDF
  • Imprimer

Septembre 2011, les images ne trompent pas : la Turquie, à l’instar de son Premier Ministre Recep Erdogan, jouit d’une excellente image dans le monde arabe. Les scènes de l’accueil réservé au chef de l’Exécutif turc en Egypte, Lybie ou encore Tunisie ainsi que les témoignages de sympathie, d’admiration voire de reconnaissance qui auront accompagné ses visites dans l’Afrique du Nord post Printemps arabe en sont le parfait descriptif.

Les stéréotypes qui dépeignaient exclusivement la Turquie à la fois comme l’héritière de l’empire ottoman, l'ancienne puissance colonisatrice, et une république laïque farouchement opposée à l’islam, semblent avoir fait leur temps.

Photo_TurquiePour expliquer cette haute estime, il y a eu bien sûr la multiplication des tensions avec Tel Aviv. Des critiques très virulentes de la Turquie  au sujet de l’attaque israélienne sur Gaza en décembre 2008 à la quasi déclaration de guerre suite au raid « préventif » sur le ferry turc Marmara en passant par l’incident  -très apprécié de ce côté-ci de la Méditerranée - de l’altercation à Davos entre Erdogan et Shimon Peres ; les positions d’Ankara se sont très souvent alignées sur les aspirations des peuples arabes (à défaut de celles de leurs propres gouvernements !) sur la ô combien sensible question palestinienne.

Paradoxal est ce monde arabe à grande majorité sunnite qui voit un turc (et donc non arabe) succéder à un chiite (Hassan Nasrallah, NDRL) au statut de héros des foules.

Mais aux côtés de cet implacable baromètre de popularité que constitue au sein des populations arabes la nature des relations avec l’Etat hébreu, c’est surtout grâce au soutien (au départ il est vrai quelque peu hésitant)  vis-à-vis des révoltes populaires liées au Printemps arabe que la Turquie a remporté l’adhésion. Du bon côté de l’Histoire donc pour ce pays qui, de par la multiplication d’initiatives d’ordre politique, économique et social, aspire à conforter son rôle de puissance régionale.

Il faut dire que depuis 2007, année du début du second mandat de l’AKP, on assiste à une nouvelle politique étrangère turque, davantage engagée au Moyen Orient. D’aucuns argumenteront que las de se voir signifier des refus répétés pour une adhésion à l’Union Européenne, Ankara décide d’opter  pour un rapprochement avec le monde arabe, celui-là même avec lequel elle avait, depuis la chute de l’empire ottoman et l’avènement de la république kémaliste, pris ses distances.

Intervenant lors de la quatrième édition du forum MEDays, le Ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, par ailleurs l’un des principaux investigateurs de ce revirement stratégique, l’a clairement affirmé : conjoncture de printemps arabe aidant, son pays ne saurait faire l’économie d’un partenariat accru avec ses voisins immédiats.

Unité de l’Irak où le spectre de l’indépendance de la région déjà (très) autonome kurde est une réelle source d’inquiétude pour Ankara, crise en Syrie, nucléaire iranien, gestion de l’après Printemps arabe en Afrique du Nord et renforcement des liens économiques avec l’ensemble des pays de la région, cette approche pousse la diplomatie turque à agir sur tous les fronts Est et Sud. Interlocuteur privilégié de la Ligue arabe, la Turquie siège désormais à toutes les réunions importantes de cette institution plus que jamais sur le devant de la scène (voir précèdent papier : La ligue Arabe : un pas en avant, deux pas en arrière ? Géopolitik num 3)

Evidemment, la concertation avec les grandes puissances que sont les Etats Unis et l’Union Européenne (avec laquelle le sujet de l’adhésion est malgré tout toujours d’actualité) demeure de mise. La Turquie est un acteur majeur de l’OTAN et le restera. Elle aura juste ces dernières années dévoilé au grand jour une réalité qu’elle se refuse désormais de cacher : une proximité géographique, historique, religieuse, culturelle et qu’elle ambitionne également politique et économique avec ses voisins arabes.

Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus

Suivez nous

A voir aussi