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Brahim Fassi Fihri : Terrorisme au Sahel: et maintenant?

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Brahim Fassi Fihri

Il aura fallu attendre l’assassinat de Michel Germaneau, otage français retenu au nord du Mali par Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), pour que le phénomène du terrorisme et de la sécurité dans la bande sahélo-saharienne  soit, ENFIN, perçu comme un problème global.  Nous sommes loin aujourd’hui du temps où les responsables algériens fanfaronnaient suite à la conférence d’Alger du 16 mars dernier sur la sécurité au Sahel, où Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, expliquait au Monde, que le phénomène AQMI était exclusif au Sahel. Il excluait alors de facto les pays voisins où limitrophes de cette zone, comme le Maroc, la Lybie, la Tunisie ou encore le Sénégal et le Burkina Faso, dans la gestion de cette crise.

Il excluait également les pays européens pourtant également touchés par AQMI (meurtres et enlèvements d’une quinzaine de ressortissants européens depuis 2008), l’Union Européenne et l’OTAN. Les responsables algériens, se sont également trompés sur la définition géographique de la zone concernée. Le terrain d'action d’AQMI ne se limite pas à la bande sahélienne, mais plutôt dans la zone du Grand Sahara (du Maroc au Soudan), d’autant plus que cet espace est également déstabilisé par les actions de bandes criminelles et mafieuses. Il est important de souligner que plus d’1/3 de la cocaïne produite en Colombie et au Pérou à destination de l’Europe transite par cette zone. Il serait donc absurde de différencier les deux problématiques tant il est démontré qu’AQMI entretient des liens privilégiés avec les bandes mafieuses sévissant dans la région. La leçon qui peut être tirée de la conférence d’Alger, c’est que la volonté du Maroc de jouer un rôle stabilisateur dans cette région ne rassure pas l’Algérie, qui voit également dans l’intervention européenne dans cette zone l’expression  d’une forme de néo-colonisation.

Nous pouvons également légitimement nous questionner sur la véritable volonté de l’Algérie dans la gestion de cette crise. Il est important de souligner le rôle moral d’Alger dans la présence d’AQMI dans la bande sahélo-saharienne. L’Algérie a « repoussé » son problème terroriste vers le Sud dont les instigateurs les plus redoutables menacent aujourd’hui la sécurité des pays sahéliens, le Mali et le Niger notamment. Pour rappel, Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) n’est pas la filiale maghrébine d’Al Qaïda, mais une déclinaison du  Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) algérien, qui est lui-même issu du Groupe Islamiste Armé (GIA). Les noms changent mais les hommes et l’idéologie non!  L’Algérie détient-elle la clé du problème ? Peut-être en grande partie. Mais la mort de l’otage français aura deux conséquences immédiates sur la gestion de la réalité terroriste dans la région. La première c’est la mise au ban d’Alger dans la direction et la gestion des efforts sécuritaires dans la région, la seconde c’est l’appropriation par les puissances européennes, notamment par la France, l’Allemagne et l’Espagne de la question. François Fillon déclare que la  « France est en Guerre contre AQMI », il faut le prendre au mot. Il est donc probable de voir de plus en plus d’opérations militaires conjointes être menées dans la région contre AQMI. La priorité aujourd’hui est de se pencher sur leurs coordinations. Une force internationale avec commandement unifiée sera certainement mise en place d’ici la fin de l’année.


Il existe à ce jour deux plateformes pouvant servir d’interface diplomatique dans la mise en place d’une nouvelle architecture sécuritaire dans la région. Le Dialogue Méditerranéen de l’OTAN et le Forum 5+5. Ces foras devront être ouverts au pays du Sahel. Pour rappel le Forum MEDays  (lire le rapport MEDays 2009) avait en novembre dernier appelé la communauté internationale à considérer la zone comme stratégique. Moctar Ouane, Ministre malien des Affaires étrangères, précisait à l’époque que « l’onde de choc va au-delà de cette région et constituera une menace à la paix et à la sécurité internationale »…

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