Vous êtes ici : Accueil > Orientations stratégiques > Axes géographiques > Méditerranée

Changement climatique et négociation politique

  • PDF
  • Imprimer

"Il n'y a pas de doute que le climat du monde est en train de changer, le climat change par des causes naturelles, l'activité volcanique ou autres phénomènes mais il change aussi et surtout par l'action de l'homme plus particulièrement depuis 50 ans."

"Il y aura d'autres tentatives, d'autres critiques pour diminuer le travail réalisé par des milliers de chercheurs [ndlr. du GIEC], mais nous devons comprendre que le train a déjà quitté la gare. Même si nous réduisons à zéro nos émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique continuera".

Rajendra Kumar Pachauri


Face aux vérités scientifiques recueillies et synthétisées par le GIEC, constatons que l'irréversabilité du changement climatique contraint à repenser le modèle de développement. Les pays du Sud ,si leur croissance économique  s'effectue sur le même paradigme générateur de pollution, ne pourront pas atteindre le même niveau de confort que les sociétés développées car les ressources pour cela, et notamment les ressources énergétiques, seront épuisées.

Deux questions clefs ont été soulevées durant les débats de la séance plénière qui a réunie Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC, Jamil Ahmad, secrétaire général du PNUE, Philippe de Fontaine Vive, vice président de la Banque Européenne d'investissement, Cheng Tao, vice président de l'institut de politique étrangère du peuple chinois, Etienne Massard, négociateur climat et conseiller du président du Gabon pour les affaires environnementales et climatiques, et Vuk Jeremic, ministre des affaires étrangères de la République de Serbie:

1. la question du droit au développement pour les pays du Sud

2. la question de comment créer un nouveau modèle de développement

 

A ce titre le panel de travail intitulé "de Copenhague à Cancun: comment éviter les rendez vous manqués?" qui en outre  des intervenants précedemment cités a réuni  Bruno Rebelle, directeur de Synergence cabinet conseil (et ancien haut responsable de Greenpeace international), Philippe Lorec, coordinateur du plan solaire méditerranén au ministère du développement durable français ou Mohamed Said Karrouk, chercheur climatologue a largement complété et approfondi ces deux sujets abordés en plénière en révelant les clivages internationaux et les pistes pour arriver à un accord qui succèdera au protocole de Kyoto (qui expire en 2012).

Dr. Pachauri souligne que le modèle économique de l'ère de l'énergie fossile s'épuise et que la valeur des ressources naturelles et des eco-systèmes est trop grande pour qu'on ne réfléchisse pas à des nouvelles solutions moins polluantes. L'énergie est au coeur d'un nouveau modèle de développement. Le constat de la recherche est unanime comme le confirme Saïd Karrouk, "nous [les scientifiques]  savons ce qui arrivera dans le système fermé du climat que nous étudions, mais ce que nous ne pouvons prévoir est ce qui se passera dans les systèmes ouverts que sont les systèmes sociaux. " Les deux systèmes sont liés comme l'a établi le GIEC, il est désormais certain à 90% que le modèle de l'ère industrielle et donc l'homme, a entrainé un renforcement du réchauffement du climat.

Les consensus ont été clairement exprimés sur les points suivants:

1. Il faut transformer nos systèmes économiques et sociaux par des volontés politiques fortes.

2. Le virage ne peut être soudain comme le rappellait Bruno Rebelle, mais les objectifs et les trajectoires de réduction d'émission de gaz à effet de serre doivent être clairs et réalistes.

3. Le changement climatique est devenu un sujet politique planétaire comme l'a attesté l'attente médiatique autour de Copenhague, la présence de nombreux chefs d'Etat depuis  la relative déception consécutive quand à la portée de l'accord.

4. l'accord de Copenhague n'est certainement pas susceptible de remplacer le protocole de Kyoto par son un aspect contraignant mais l'objectif défini de limiter à 2 degrés le réchauffement du climat est un bon point de départ, encore faudrait il que les instruments existent pour l'atteindre

Ainsi les politiques ont clairement pris le pas sur les techniciens sur le sujet des changements climatiques et cela est sans doute une bonne nouvelle car il s'agit bien de transformer des modèles sociaux. Cependant cette traduction politique et cette réaproppriation signifient que la charge historique des relations internationales et les rapports de force ont fait glisser les négociations climatiques sur un terrain qui n'est plus le terrain scientifique et technique mais un terrain politique voire géopolitique.

La question sensible du droit au développement

Comme l'ont rappellé MM. Cheng, Rebelle ou Massard, le monde en développement juge que la situation actuelle est  la conséquence des rejets de gaz à effet de serre  (GES) des pays idustrialisés durant ces cinquante dernières années et à ce titre, les pays industrialisés doivent en porter l'essentiel de la responsabilité. Sur les deux grandes politiques définies pour faire face au changement climatique l'atténuation et l'adaptation, il faudra aider les pays du Sud à les financer et à construire les outils pour un développement durable.

Le négociateur du Gabon ajoute que vouloir séparer les sujets et notamment chercher à trouver un accord partiel pour geler toute exploitation des forêts tropicales en contrepartie d'une enveloppe financière n'est pas envisageable pour son pays. Il faut respecter les stratégies nationales et mettre les accords internationaux au service du développement. Il ne faut pas que des pays deviennent des rentiers internationaux de leurs forêts.

Ce droit au développement proclamé par les pays du Sud n'est pas cependant une manière d'éluder leurs responsabilités dans les émissions de GES. M. Cheng précise que la responsabilité est globale mais différenciée selon la terminologie des accords intenationaux et ajoute que la Chine a d'ores et déjà fermé de nombreuses usines à charbon représentant l'équivalent de puissance de toute la production themique du Royaume Uni soit 70 millions de kW.

Sur la question du financement, M. Massard pense que le "papier (Copenhague) avec les 100 milliards de US$ d'aide" ne vaut rien si on ne met pas des projets concrets en face de cet argent. M. Rebelle complète en précisant que la levée de fond pourrait être bien plus importante et que à l'échelle globale 312 milliards de US$ sont dépensés pour subventionner les énergies fossiles. Cet argent ou partie de cet argent pourrait être reversé pour les énergies renouvelables.

Comment construire un modèle industriel durable?

Les pays du Sud estiment donc que tout accord sur le changement climatique ne saurait porter atteinte à leur droit à un développement plein. M. Cheng appelera donc les pays du Nord à trouver des solutions sur les partages de technologies de production d'énergie propre tout en respectant le cadre de la propriéé intellectuelle. La Chine a d'ailleurs obtenu que les partages de technologies soient  mesurés, vérifiés et notifiés à l'égal des réductions d'émission de GES dans les accords internationaux.

"Par partage de technologie, nous n'entendons pas la gratuité" précise Etienne Massard mais "'appropriation par le pays, dans le cadre de sa stratégie nationale, de technologies particulières qui lui servent."

L'approche projet est d'ailleurs loué par Philippe Lorec qui souligne à quel point le Maroc s'est approprié la plan solaire dans le cadre d'une véritable stratégie nationale. "Je reste persuadé que  nous attirerons les financements à partir du moment où il y aura du concret c'est à dire des projets". Reste que les ateliers consacrés à la rentabilité de ces projets démontrent que pour l'heure ils ont une rentabilité moindre que la production d'énergie fossile. Il faut donc trouver des sources de financement qui accepte d'investir dans cette période transitoire (estimé jusqu'entre 2015 et 2020) pendant laquelle les énergies renouvelables n'ont pas encore trouvé un prix de production inférieur.

M. MAssard précisera que tout ce qu'un pays comme le sien attend de la communauté intenationale c'est que sur un projet concret de centrale de production d'énergie propre, il y ait un  vrai système d'incitation dans lequel la communauté internationale s'engage à financer la différence de coût entre un projet à énérgie fossile et un projet à énergie propre.

 

Jamil Ahmad (PNUE) soulignera à quel point la négociation est difficile et pose même un challenge au système multilatéral qui reste au centre du jeu des négociations. "Toute la complexité du débat reflète chez chacun d'entre nous la volonté d'exercer son droit au développement, sécuriser l'avenir de ses enfants. Il nous faut découpler croissance économique et dégâts environnementaux. Nous pourrons le faire en nous serrant les coudes à travers des projets. Il y a, et cela est positif, un sens grandissant de l'engagement et de la volonté politique dans les discussions multilatérales."

 

 

 


Suivez nous