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L'Institut Amadeus à Pékin pour débattre de Chine-Afrique

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Dans le cadre de son partenariat avec l’Association du Peuple Chinois pour la Paix et le Désarmement (CPAPD), l’Institut Amadeus représenté par Talal Salahdine, Directeur Stratégie et Alicia Charles, chargée d'études africaines, a entrepris pour la deuxième année consécutive, un voyage d’étude en République Populaire de Chine. Ce programme d’échange qui s’est déroulé du 17 au 29 mai a eu le mérite de regrouper des représentants de 9 organisations différentes, originaires d’Afrique du Sud, de Tanzanie, du Kenya, d’Egypte, du Soudan et du Maroc.

 

Les rencontres de cette année s’articulaient autour de l’initiative « One Belt, One Road », un grand projet visant à faire renaître les routes terrestres et maritimes qui reliaient autrefois l’Asie à l’Europe et à l’Afrique. Ce concept a été initié en 2013 par le Président actuel de la République Populaire de Chine, M. Xi Jinping, lors d’une visite d’Etat en Asie centrale et du Sud Est. La Ceinture économique de la Route de la Soie, « one belt », vise notamment à assurer la liaison économique entre la Chine, l'Europe et le Golfe Persique, en passant par le continent asiatique. La Route de la Soie maritime du XXIe siècle, « one road », relie quant à elle les grands ports maritimes de Chine aux ports de la Méditerranée, de l’Océan Indien, de la Mer de Chine et du Pacifique Sud.

Le voyage d’étude organisé par notre partenaire chinois avait pour objectif de nous présenter les détails de ce projet d’envergure et les retombées positives qui sont attendues pour les pays prenant part à cette initiative. Surtout, l’occasion nous a été donnée de mettre en perspective les ambitions et les composantes de ce projet, à la lumière de la coopération entre le continent Africain et la Chine, laquelle se veut une relation « gagnante-gagnante » selon les termes employés par Pékin. En effet, initialement conçue pour davantage sécuriser ses approvisionnements en matières premières et donner un nouvel élan au développement de l’Asie, le projet de la nouvelle Route de la Soie est aujourd’hui présenté par la Chine comme une réalisation majeure de la doctrine win-win dont elle se veut de plus en plus le chantre planétaire.

Les échanges entre la Chine et l’Afrique ne datent pas d’hier, mais les relations entre les deux ont connu un nouvel essor dans les années 1950, au moment de l’indépendance. La Chine, après avoir soutenu les pays africains dans leur lutte pour l’indépendance, s’est très vite imposée comme un partenaire économique indispensable, faisant fi du sentiment commun qui consistait à considérer l’Afrique comme un continent « sans espoir ». La politique d’ouverture menée par Deng Xiaoping et la croissance économique exceptionnelle de la Chine, associées à l’échec relatif des politiques internationales menées sous l’égide du consensus de Washington, ont permis à la Chine d’asseoir sa légitimité sur un continent qui fait face, aujourd’hui encore, à un besoin impératif de financement entre autre pour le développement de ses infrastructures.

La Chine, avec sa politique de non-interférence et de non-conditionnalité de l’aide, est apparue alors comme une alternative aux relations quasi incestueuses entre le continent et ses anciennes puissances colonisatrices. Néanmoins, la présence de la Chine en Afrique n’est pas sans poser de problèmes. Les séminaires auxquels l’institut à participer cette semaine à Pékin ont été l’occasion d’échanger sur les difficultés liées au déséquilibre des échanges et au nécessaire transfert de technologies, à l’exploitation des ressources naturelles africaine pour les propres intérêts de la Chine et aux dommages causés à l’environnement, au respect et à l’inclusion des populations locales, ou encore aux problèmes de corruption ou d’insécurité.

A ce titre, les questions de coopération sécuritaire ont été au centre des réflexions, révélant une implication croissante de Pékin sur ces thématiques. Face à la multipolarité des crises et à la transnationalité des menaces, la Chine prend conscience qu’elle ne peut se permettre de rester en retrait plus longtemps. La nécessité pour la Chine de sécuriser ses intérêts économiques et d’assurer la sécurité de sa diaspora forte de 2 millions de personnes, mais aussi sa responsabilité en tant que nouvelle puissance émergente, l’obligent à se poser la question d’une implication militaire qui viendrait rompre avec une doctrine non-interventionniste. Si l’Afrique attend sans doute de la Chine qu’elle sorte aujourd’hui de sa position de neutralité en s’impliquant aussi dans ces considérations sécuritaires et politiques, cela va sans dire qu’elle refusera que la prise de positions politiques de Pékin ne se fasse que dans le sens de leurs propres intérêts économiques.

Si la nouvelle route de la Soie est un pont vers un nouveau monde, basé sur un échange équilibré et une croissance partagée, il est primordial pour les pays africains qui décideront d’y prendre part autant que pour les autres, de comprendre tous les composantes économiques, sociales, culturelles et politiques de ce projet. Il est fondamental de prendre part dès maintenant aux débats et de faire entendre la voix de l’Afrique. Ce voyage d’études de deux semaines, ponctué de visites de terrain dans les provinces de Hubei et de Shandong, et de séminaires enrichissant au cœur de la capitale, auront permis de mieux comprendre la vision de la Chine pour l’Afrique, notamment dans le cadre de l’initiative « one belt one road ». Il aura également mis en avant la nécessité d’une coopération africaine, pour l’établissement d’une vision commune pour le continent, laquelle servira de base on l’espère à de nombreuses initiatives pour une croissance harmonieuse de l’Afrique et pour l’émergence du continent comme acteur global majeur du XXIème siècle.

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