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Femmes au Maghreb : une parité encore introuvable dans les mécanismes de décision

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Très attentif à la question de la condition féminine à laquelle il a consacré de nombreux ateliers et travaux, essentiellement à l’occasion des dernières éditions de son Forum international MEDays, l’Institut Amadeus a organisé mardi 3 juin une rencontre intitulée « Les femmes dans les prises de décision : comment rétablir l’équilibre ? ».

 

Cette conférence qui s’inscrit dans le cadre de la saison culturelle France-Maroc 2014 et avec le soutien du Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France et de l’Institut Français du Maroc s’est articulée e autour de deux sessions :

La première concernait les modalités de renforcement de la participation des femmes dans la vie politique et dans le processus de prise de décision au Maghreb et dans le monde arabe.

Ce débat a enregistré la participation de Yacine Fal, Représentante résidente de la BAD au Maroc, la députée Loubna Amhair (Mouvement Populaire) ; Rabea Naciri, Présidente de l'Association Démocratique du Femmes du Maroc ; Muriel de Saint-Sauveur, Directrice de la Diversité du Groupe Mazars. Parmi les panelistes également : Souad Wheidi, Présidente de l’ONG Libyenne Observatory on Gender in Crisis et Mariam Mint Bilal, Responsable Education au sein de la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie permettant ainsi également de donner à la discussion une dimension maghrébine.

Des parallélismes par ailleurs nécessaires pour aboutir à un constat commun : au Maghreb (mais aussi en Europe), les gouvernants n’ont cessé de réaffirmer ces dernières années la nécessité d'identifier et de mettre en œuvre des mesures permettant de remédier à la sous-représentation des femmes dans les sphères de prise de décision politique, sans pour autant aboutir à des avancées concrètes. La majorité des données disponibles sur la participation des femmes dans la vie politique ne reflètent qu'une amélioration symbolique et montrent que l'objectif général d'équilibre entre les sexes est loin d'avoir été réalisé.

Parmi les principaux obstacles structurels liés à la présence des femmes dans les cercles de prise de décisions mentionnés par les intervenants on retrouve on retrouve essentiellement la persistance de mentalités «patriarcales» encore bien ancrées ainsi qu’une promotion politique féminine qui reste encore faiblement médiatisée ; alors que leur multiplication pourraient conduire à un mouvement d’identification et à des ambitions nouvelles.

Diverses pistes de réflexion ont par ailleurs été évoquées pour remédier à ces défis comme le maintien des plaidoyers à même de parvenir à une législation conforme aux objectifs de parité, ce qui nécessite également l’amorce de véritables révolutions au sein même des partis politiques. Autre élément important : le développement des réseaux féminins, en particulier, peuvent leur permettre de partager plus ouvertement les préoccupations qui leur sont propres et se soutenir mutuellement, dans le cadre d’une approche générale plus proactive.

Le second volet de cette rencontre a porté sur l’influence de l’image de la femme telle que véhiculée dans les médias arabes sur les objectifs de parité. Celle-ci a quant à elle vu la participation de Anis Maghri, Directeur de la Communication à l'UNICEF ; Marlène Coulomb-Gully, Chercheuse en communication politique et sur les représentations du genre dans les médias, Lina Alloush journaliste à Médit 1 TV, Naima Korchi juriste marocaine, spécialisée de droit international et Florence Duvauchelle, Chargée de projet Secteur Communication et Information au bureau régional Maghreb de l’UNESCO.

Alors qu’ils sont sensés se positionner comme des appuis à la question de la parité Hommes/Femmes les médias présentent davantage la femme dans son rôle traditionnel : femme au foyer et soumise et ne mettent pas réellement en lumière son rôle grandissant dans les sphères politiques et économiques au Maghreb. Bien évidemment, les interrogations sont nombreuses : s’agit-il essentiellement de médias publics ? ou privés ? Existe –t-il une volonté politique pour faire changer les choses ?

On évoque souvent ici un Maghreb des médias à deux vitesses. Ceux majoritaires qui restent en phase (volontairement ou non) avec les réalités et spécificités socio-culturelles et les autres « avant-gardistes » qui œuvrent pour la parité au risque d’essuyer la désapprobation d’une frange importante de la société.

Les créations artistiques qui cristallisent les passions autour des débats sur la « femme objet » ou la « femme soumise » sont avant tout le fruit du travail des élites qui consciemment ou pas contribuent à perpétuer cet état de fait.  A ce titre, certaines organisations internationales tentent d’y remédier par l’intermédiaire de la réalisation et la publication de guides à l’intention des professionnels des médias pour les inciter à intégrer la notion de perception de la femme dans leurs propres productions ou encore la mise en place d’indicateurs sensibles au genre dans les cahiers de charges des médias.

Nombreuses sont les études qui révèlent que les médias au Maghreb sont avant tout un monde masculin et machiste.  La parole d’autorité reste par exemple un monopole masculin (78% des experts interrogés par les médias sont des hommes) tandis que la femme n’est perçu que par des critères réducteurs tels que l’âge, l’apparence physique ou encore la situation matrimoniale.

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