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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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De Paris (Cop 21) à Marrakech (Cop 22) : Transformer l’essai

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L’Accord de Paris, sanctionnant les travaux de la Cop 21, est le premier accord sur le climat à caractère universel et global. Il est annoncé ambitieux, courageux et équilibré ; il est qualifié, partout dans le monde, d’historique. Plusieurs facteurs réels et éléments objectifs justifient cet hommage quasi unanime. L’Accord assure, en effet, un tournant majeur en fixant une trajectoire pour maintenir le plafonnement du réchauffement climatique, d’ici la fin du siècle, à 1,5 degré, en dessous des 2 degrés évoqués jusqu’alors. Il détermine des points d’étape à travers une entrée en vigueur en 2020, des clauses de révision tous les cinq ans et enfin, fixe un rendez-vous majeur, à partir de 2050, pour le « bas carbone » en programmant le déclin des énergies fossiles polluantes. L’Accord établit donc un cadre et une architecture pour réduire collectivement et durablement les émissions à effet de serre, demande impérative pour sauvegarder la planète et protéger l’Humanité.

Il est vrai que l’équation semblait insoluble, tant nous étions échaudés par les difficultés rencontrées lors des Cop précédentes, en raison notamment, d’intérêts nationaux divergents entre des pays aux situations énergétiques, géographiques ou de développement, diverses et multiples.

L’Accord de Paris assure également le principe de différenciation entre les pays, aux réalités et aux possibilités différentes : entre ceux développés, qui ont eu, depuis la révolution industrielle, une responsabilité majeure dans la dégradation climatique ; ceux émergents et pollueurs, comme la Chine et l’Inde ; ceux producteurs et fortement dépendant des ressources fossiles, comme les pays du Golfe ou le Venezuela ; ceux en développement, aux attentes socio-économiques légitimes et en droit d’accéder à l’énergie la moins coûteuse, et enfin ; ceux dont la survie même est en jeu, tels que les petits Etats insulaires du Pacifique ou des Caraïbes.

Voilà pourquoi l’Accord de Paris semble combiner, à travers le principe de « justice climatique », les intérêts nationaux divergents par des traitements différenciés, selon les possibilités de chacun, et assurer des aides financières et des transferts de technologies vertes aux pays en développement pour qu’ils puissent, via le renforcement de leurs capacités, assurer, tout à la fois, leur transition énergétique et leur industrialisation. Le principe de la compensation financière, à travers lequel les pays en développement pourront, à la fois réduire leurs émissions et assurer leur adaptation, permettra, à ces derniers, potentiellement pénalisés par des efforts qui nuiraient à leur émergence, de bénéficier d'une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars, distribuée à partir de 2020, par les pays développés, premiers responsables du réchauffement climatique.

Autant de mérites notoires et de facteurs de succès incontestables d’un Accord « diplomatique » multilatéral adopté à l’unanimité des 195 Etats parties dans le contexte des Nations Unies. Néanmoins, il ne s’agit pas encore d’un véritable « Programme Climatique Mondial », précis, opérationnel et juridiquement contraignant, qui assure de manière irréversible, le passage aux actes. L'histoire du multilatéralisme nous apprend qu'entre l'adoption de principes puissants, comme ce fut le cas à Paris, et la mise en œuvre effective sur le terrain, le chemin est long et peut-être parsemé d'embûches. Ne dit-on pas que le Diable se cache dans les détails ?

Mais une Organisation Internationale, telle que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), demeure une enceinte soumise aux rapports de forces entre Etats. Elle reste, par définition, un instrument intergouvernemental au service de politiques nationales égoïstes.

C’est, sans doute, la raison pour laquelle l’Accord de Paris ne prévoit pas de sanctions à l’endroit des éventuels contrevenants à leurs propres engagements nationaux. Les 29 articles de l’Accord n’arrêtent pas de mécanisme précis de contrôle, et encore moins de sanction, à l’image du Protocole de Kyoto, qui en raison de ce volet coercitif, n’a pas été ratifié par les Etats-Unis, sans oublier les pays qui en sont sortis, tels que le Canada, la Russie, le Japon, ou encore, l’Australie.

SM le Roi Mohammed VI avait prévenu, dans son discours prononcé lors de l’ouverture de la Cop 21, que le « rendez-vous qui est le nôtre aujourd’hui à Paris, n’est pas et ne peut plus être celui des Sommets et des Conférences que la Communauté des Nations inscrit régulièrement dans l’agenda des relations internationales ».

Le Souverain a, en grande partie, été entendu. Le succès de Paris est certainement le résultat d’un momentum international unique et d’une action diplomatique méritoire. La prise de conscience collective et la forte sensibilisation des opinions publiques, y compris en Chine, ont fait le reste. Il est vrai que l’Accord comporte de nombreuses obligations juridiques pour les Etats.  Si les contributions nationales en matière de réduction d’émissions restent volontaires dans leur ambition, chaque pays se verra désormais dans l’obligation d’en établir une, de la mettre en œuvre et de la réviser à la hausse tous les cinq ans à partir de 2020, dans le but d’atteindre les objectifs chiffrés fixés dans l’Accord.

L’Accord de Paris prévoit également la création d’un mécanisme de transparence, à travers la mise en place d’un comité d’experts qui aura pour objectif de vérifier les informations transmises par tous les Etats (développés et en développement) et leurs progrès en matière de réduction des émissions. Selon les experts, cette obligation de transparence consacrera la règle du « name and shame », qui conduira inlassablement les Etats à respecter leurs engagements, compte tenu de la mise en jeu de leur crédibilité et leur respectabilité, en particulier vis-à-vis des opinions publiques.

Voilà pourquoi, on ne peut que se féliciter du « souffle nouveau » et des avancées majeures introduits et apportés avec succès à Paris, mais il faut tout de même rappeler qu’on ne saurait s’en contenter pleinement. L’effort collectif doit être poursuivi et précisé concrètement dans une mise en œuvre effective et efficiente.

L’Accord de Paris – qui entrera en vigueur en cas de ratification, le 22 avril 2016, par au moins 55 pays représentant au moins 55% des émissions mondiales – est incontestablement un pari gagné et une percée historique qui consacre une volonté collective et universelle. Il faut féliciter tous les gouvernements et l’ONU, qui ont su, au-delà de répondre aux plus sceptiques et pessimistes, marquer l’Histoire, créer le momentum et faire la synthèse des différentes propositions.

A l’issue de cette étape parisienne et de la consécration d’un engagement mondial en faveur de notre Planète, la Cop 22, qui aura lieu à Marrakech au mois de novembre prochain, sera cruciale dans l’implémentation et le suivi de l’Accord de Paris, notamment à travers la définition des outils et mécanismes devant contraindre les Parties à respecter, à partir de 2020, leurs engagements pris à Paris. Le Maroc, sous l’impulsion et le leadership de SM le Roi Mohammed VI, possède une importante crédibilité internationale pour reprendre le relais et le flambeau de la France, afin de concrétiser et de viabiliser les espoirs nés de la Cop 21. Marrakech devra arrêter le chemin, le consolider et s’assurer que tout le monde l’empreinte.

Brahim Fassi Fihri, Président Fondateur de l’Institut Amadeus

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