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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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Maroc-Afrique : La concrétisation du partenariat Sud-Sud agissant et solidaire

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Abidjan, le 3 juin 2015, lieu et date qui matérialisent et concrétisent, plus que tout autres symboles, les contours du partenariat Sud-Sud agissant et solidaire, proposé par le Maroc à un certain nombre de pays subsahariens. Ce jour-là, SM le Roi Mohammed VI, accompagné d’Alassane Ouattara, lance le projet de sauvegarde et de valorisation de la Baie de Cocody d’une valeur de 170 millions USD. Financé en grande partie par les banques marocaines, ce projet structurant a pour ambition de redynamiser la lagune de la Baie de Cocody, à travers le traitement des eaux usées, l’aménagement de nouvelles infrastructures et le développement d’un espace immobilier et foncier multiforme devant être exploité dans différents projets d’investissement sur les années à venir.

Le projet de sauvegarde et de valorisation de la Baie de Cocody ainsi que le projet pour le développement de « la cité des affaires de l'Afrique de l'Ouest » à Dakar, lancés lors de la dernière Tournée Royale africaine, en mai et juin 2015 de SM le Roi Mohammed VI, caractérisent l’engagement et l’investissement personnel du Souverain dans la politique africaine du Royaume, porteuse de rapprochement Sud-Sud et de Co-développement. La Vision africaine du Maroc est basée sur la particularité de la relation historique et religieuse entre le Maroc et l’Afrique, et s’inscrit dans un schéma inédit construit autour des notions de co-développement, de solidarité sud-sud renforcée et de forte dimension sociale.

La dernière Tournée Royale, la troisième en deux ans, dans quatre pays africains (Sénégal, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire et Gabon) a permis, à travers les 84 accords de coopération et d’investissements signés (incluant des accords intergouvernementaux et des accords public-privé), de renforcer le rôle de locomotive économique que joue le Maroc sur le continent, et notamment en Afrique de l’Ouest. Elle a permis également d’institutionnaliser les déplacements récurrents de SM le Roi Mohammed VI sur le continent, qui permettent d’impulser et de suivre l’évolution et le développement des projets lancés et des accords signés.

Les expériences multisectorielles du Maroc et l’expertise du Royaume en matière de développement humain ont favorisé, à l’instar de l’accord de coopération maroco-gabonais en matière de développement humain, signé en juin dernier, lors de la dernière Visite Royale au Gabon, la mise en place d’un réel socle de partenariat Maroc-Afrique responsable et durable, basé sur un véritable cadre de co-développement, où l’Humain et son mode de vie, est au centre de la Vision Royale africaine. En effet, celle-ci est renforcée par des actions concrètes de solidarités, telles que l’annulation de la dette des pays les moins avancés du continent, l’accueil des étudiants et des cadres africains dans les universités et les formations au Maroc, la régularisation des subsahariens en situation irrégulière au Maroc, le financement de projets à caractères socio-économiques, ou encore la formation d’imams et de morchidates à travers la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains.

Cette dynamique de coopération, portée au plus haut niveau par SM le Roi Mohammed VI, est fortement accompagnée par le tissu économique national. En effet, les « champions nationaux » sont implantés dans de nombreux pays d’Afrique Centrale et d’Afrique de l’Ouest, dans le secteur bancaire (Attijariwafa Bank, BMCE Bank of Africa, Banque Populaire), dans les télécommunications (Maroc Telecom), dans les assurances, dans l’énergie, dans l’agroalimentaire ou dans l’immobilier. Le stock d’IDE marocains en Afrique totalise 10.5 milliards MAD en 2012 et sur la période 2008-2014, chaque année, ce sont environ 2 milliards MAD qui ont été investis en Afrique subsaharienne.

Cependant, ces nombreuses « success story » marocaines ne doivent pas occulter le fait que l’Afrique représente toujours une faible part des échanges commerciaux du Maroc : avec 4 milliards USD d’échanges commerciaux de marchandises en 2013, le Maroc est le 45ème partenaire commercial de l’Afrique, derrière l’Algérie (41ème) et la Tunisie (38ème). Et réciproquement, la répartition géographique des échanges commerciaux du Maroc avec l’extérieur fait apparaître l’Afrique comme le 4ème partenaire commercial régional du Maroc, avec une part de 6.4% du commerce extérieur total marocain en 2014. En excluant les pays d’Afrique du Nord, la part des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne est de seulement 2.4% pour un volume total d’échanges de 14.2 milliards MAD pour l’année 2014.

Bien qu’en progression constante - le volume des échanges a quasiment doublé sur la période 2009-2014, et ce grâce principalement à l’accroissement des exportations comme le montre le taux de couverture des importations par les exportations qui est en augmentation constante et avoisine les 450% en 2014 - le potentiel économique des relations commerciales entre le Maroc et la région subsaharienne est encore largement sous-exploité. La réalité commerciale du Maroc avec l’Afrique subsaharienne comprend dès lors deux visages : une forte augmentation des exportations mais principalement sur des produits de base et/ou faiblement transformés couplée à une croissance plus timide des flux d’IDE sur des produits à forte valeur ajoutée et contenu technologique (banques, assurance, télécommunications, etc.) et ayant un impact important sur la compétitivité des entreprises.

Par ailleurs, le Maroc souhaite tirer avantage de son emplacement géographique privilégié et de ses relations stratégiques avec ses partenaires commerciaux européens, américains, du Golfe et méditerranéens pour se positionner désormais comme un hub économique et financier vers le continent africain. Plusieurs initiatives en ce sens doivent être citées, et en particulier la mise en place de la plate-forme financière, Casablanca Finance City Authority (CFCA) qui vise à attirer les investisseurs internationaux et à leur fournir une infrastructure et des conditions adaptées leur permettant d’optimiser la rentabilité de leurs investissements dans des projets en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. A travers ce rôle de facilitateur dans les échanges commerciaux et financiers internationaux, le Maroc met l’accent sur la coopération triangulaire - forme de partenariat innovant et complémentaire de la coopération bilatérale - et s’inscrit dans le cadre d’une coopération à la fois Nord-Sud mais aussi Sud-Sud.

De par sa portée multidimensionnelle, le « modèle marocain » en Afrique, initié par SM le Roi Mohammed VI, suscite l’intérêt croissant des pays du continent. Si la présence économique marocaine en Afrique francophone et musulmane est une réalité vérifiée par tous, les opérateurs économiques marocains ainsi que les promoteurs de la Vision marocaine en Afrique devraient prendre conscience, aujourd’hui, de l’importance pour le Royaume d’aller au-delà de cette zone « de confort » et « de confiance ». A titre d’illustration, l’UEMOA et la CEMAC, composées respectivement de 8 et 6 pays, ne représentent uniquement que 6% du PIB africain. En effet, des pays à très fort potentiels de croissance, qui ont pour la plupart des positions politiques hostiles au Maroc, tels que l’Angola, le Mozambique, le Rwanda, le Kenya, l’Ethiopie, le Nigéria, le Botswana, le Ghana, la Zambie, la Tanzanie ou encore l’Ouganda, ne sauraient être écartés d’une stratégie Afrique globale, accompagnant la Vision Royale.

Il importe, dès lors de capitaliser sur les acquis réalisés et les bénéfices engrangés, en Afrique de l’Ouest et Centrale, afin de rendre irréversible et pérenne la dynamique marocaine en Afrique et ainsi la renforcer dans un environnement très compétitif. Pierre angulaire et principal bénéficiaire de cette stratégie, le secteur privé, encouragé par les pouvoirs publics, doit s’impliquer davantage dans l’investissement rentable en Afrique, pour pérenniser la présence du Maroc et la rendre non dépendante des aléas politiques. Pour l’ensemble de ces considérations, les entreprises marocaines présentes en Afrique, doivent pouvoir accompagner la Vision Royale tout en évitant de poursuivre des actions « au coup par coup » ne répondant à aucune coordination.

Le Maroc est un acteur important de l’économie africaine. La marque « Maroc », forte de l’impact de la Vision Royale sur les populations africaines, est de plus en plus sollicitée par les responsables politiques et les opérateurs économiques du continent, pour s’implanter dans des pays qui ne possèdent pas de tradition de coopération avec le Royaume. Cependant la marge de progression du Maroc pour occuper une place de référence sur le continent reste importante. Certaines barrières doivent encore être levées pour libérer pleinement le potentiel du partenariat économique Maroc-Afrique.

 

Extrait de la Préface de l’ouvrage de l’Institut Amadeus « Le Maroc en Afrique : La Voie Royale »

Brahim FASSI FIHRI

Président fondateur de l’Institut Amadeus

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