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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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Maroc/Union Africaine : retour au pragmatisme ?

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Le Maroc n’a cessé depuis son indépendance de réaffirmer son identité africaine. Le Royaume occupe depuis plus de 50 ans une position de leader au sein du continent. La coopération entre le Maroc et ses partenaires africains a connu plusieurs temps forts. D’abord celui de la coopération militaire, puis celui de la coopération politique, avant d’entrer dans l’ère de la coopération économique depuis la fin des années 1990.

Le volume des échanges commerciaux entre le Royaume et les pays sub-sahariens est passé de 588 millions de dollars en 1998 à 3 milliards de dollars en 2008. Le Maroc est depuis quelques années le deuxième investisseur africain sur le continent. Cette place de choix qu’occupe le Maroc au sein de la communauté africaine, nous appelle aujourd’hui à nous interroger sur la pertinence d’un retour du Royaume au sein de l’Union africaine. L'Organisation de l’Unité africaine (OUA) avait reconnu en 1982 la « République arabe sahraouie démocratique » (RASD), et l'a accueilli comme État-membre, sous l'impulsion de l'Algérie, conduisant le Maroc, pourtant membre fondateur, à se retirer de l’instance africaine.

MOHAMED_VI_BONGOTrente ans plus tard, il devient évident que l’absence du Maroc des structures de l’Union Africaine, est de plus en plus inconfortable pour le Royaume. Cet handicap se ressent de plus en plus sur le plan multilatéral, l’UA étant désormais considérée comme l’interlocuteur privilégié et incontournable de la Communauté Internationale. L’Union a vu ses prérogatives s’élargir considérablement, en matière de maintien de la paix,  de prévention des conflits et de développement.  Cette nouvelle tendance des pays membres de l’UA à coordonner  et à formuler des positions communes, au nom de l’Afrique, sur les questions multilatérales au sein des organisations internationales, fragilise la position du Maroc,  malgré son statut d’Etat membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. La stratégie de « relais » longtemps utilisée par le Maroc, consistant à s’appuyer sur des pays « amis » membres de l’UA, pour influencer ou orienter les décisions de l’organisation se révèle de moins en moins efficace. La stratégie africaine du Royaume ne peut plus être le résultat d’une somme de coopérations bilatérales, au moment où le multilatéralisme prime.

 Si la pertinence du retrait du Maroc de l’OUA était à l’époque justifiée par des considérations politiques légitimes,  la politique de la chaise vide n’a pas servi la cause du Maroc dans l’agora africaine. Aujourd’hui le Maroc est engagé depuis 2007 avec le Polisario dans un processus de négociations sous l’égide des Nations Unies, un retour du Royaume au sein de l’UA, même sans être accompagné dans un premier temps par le retrait de la  fictive « RASD » comme Etat membre de l’Organisation, renforcera de facto la position du Maroc sur la question du Sahara au sein de l’UA. Il est en effet plus aisé de « combattre » la présence de la « RASD » au cœur de la structure qu’à l’extérieur des instances africaines. L’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001 alors que Taïwan clôturait ses négociations d’entrée dans l’organisation peut être considérée par le Maroc comme un exemple à suivre. En effet adhésion ne signifie absolument pas reconnaissance ou perte de souveraineté. Le retour du Maroc à l’UA peut être réalisé de manière progressive, en participant tout d’abord aux réunions sectorielles et thématiques auxquelles le Polisario ne participe pas faute de moyens. Le retour du Maroc, même progressif, au sein des structures de l’organisation africaine est de plus en plus souhaité par une large majorité des Etats membres de l’UA. Le plébiscite du Maroc lors de la dernière élection au CS de l’ONU en témoigne très  largement. L’expertise du Royaume et sa position d’acteur clé sur le continent appellent les pays africains à dépasser leurs positions idéologiques pour se positionner sur des considérations pragmatiques. Il faut noter avec satisfaction que la diplomatie marocaine participe « dans les couloirs » depuis quelques années aux Sommets de l’Union africaine. Est-ce le premier pas d’un retour programmé ?

Brahim Fassi Fihri, President de l'Institut Amadeus

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