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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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Entretien avec Aussama Monajed

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monajed2« La question de la division de l’opposition syrienne est un faux débat. Pourquoi devrions-nous attendre une seule opinion, une seule position, émanant d’un seul groupe ? »

Installé au Royaume Uni, Aussama Monajed est un cyber activiste syrien membre influent du Conseil National Syrien. Il est d’ailleurs un proche conseiller  du président du CNS, Burhan Ghalioun

 

 

Pourriez-vous en prélude nous décrire brièvement l’état des lieux de la situation actuellement sur le terrain ?

A l’heure où nous parlons, le régime de Bachar Al Assad a tué plus de 13.000 personnes dont 1000 enfants, détruisant à hauteur de 60 % les zones d’habitations des villes de Homs et Idlib, tout en continuant de désespérer et manipuler l’opinion internationale afin évidemment de se maintenir au pouvoir.

Comment la population syrienne interprète-t-elle les vétos russes et chinois aux Nations Unies, principaux freins à toute avancée décisive sur le dossier ?

Pour le peuple syrien, ce double véto russe et chinois dont vous parlez est considéré comme un permis de tuer. Il s’agit de faire échouer la révolution. Notez bien que la moyenne des tués par jour est passée à 200 morts quotidiens suite au véto. Dans plusieurs villes de Syrie, les manifestants ont brulé des drapeaux russes et chinois. Ces deux pays sont vus par le peuple syrien comme des complices dans les crimes commis par le clan Assad.

Au Maghreb, la nature des liens entre le régime baasiste à Damas et celui des ayatollahs continue d’étonner. Pouvez-vous nous éclairer davantage sur ce sujet ?

Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a, depuis l’époque de Hafez Al Assad un très important réseau d’intérêts politiques et financiers entre l’Iran et le régime d’Assad. La secte alaouite est considérée comme une ramification du chiisme, une branche dissidente quoique plus séculière.  Ce sont surtout les intérêts régionaux de la République islamique dans la région qui ont boosté la relation entre les deux parties, intégrant par là même le Hezbollah libanais. Ce que beaucoup appellent désormais le croissant chiite.

Quelles chances de succès accordez-vous au plan Annan ?

Pour l’heure, le plan Annan a échoué à arrêter les tueries en Syrie. De même, pas un seul prisonnier n’a été libéré. Le retrait des engins militaires des quartiers résidentiels n’a pas eu lieu non plus. Le plan Annan n’a pour le moment aucunement changé la situation sur le terrain où tueries et bombardements continuent à fréquence quotidienne à Homs, Idlib, dans les banlieues de Damas, Daraa et plusieurs autres villes. Le régime semble répéter le même scénario employé lors de l’épisode des observateurs de la Ligue Arabe : faible nombre d’observateurs, accompagnés en permanence des forces de sécurité syrienne et transportés par les véhicules du gouvernement syrien. C’est uniquement la télévision d’Etat syrienne qui couvre leurs visites. Seules des rencontres avec des officiels et des élus locaux proches du régime sont programmées. Le régime continue à camoufler ses crimes. Les tanks sont dissimulés dans des ruelles lors du passage du convoi des observateurs des Nations Unies. Il prend soin de nettoyer les traces d’obus, boucle des périmètres entiers. Tout est mis en œuvre pour dissimuler la réalité. Le régime n’a aucunement respecté le cessez le feu prévu par le plan Annan. La communauté internationale ne semble pas avoir compris qu’Assad refuse de se soumettre aux clauses qu’il s’est pourtant engagé à respecter. Il est temps pour la Russie et la Chine de mettre fin à ces massacres continus.

Nouri Al Maliki a récemment déclaré « que le régime Assad ne tomberait pas », le nouvel Irak joue pleinement la carte de Téhéran, qu’en pensez-vous ?

Les positions et autres alignements politiques changent aux grés des intérêts. Indéniablement, l’Irak joue et continuera de jouer un rôle majeur en Syrie. Il est vrai qu’il y a une très forte influence de Téhéran en Irak. Mais cela est susceptible de changer. Les Etats du Golfe sont aussi appelés à accroitre leur influence en Irak. Ce dernier n’est pas dans une situation économique et sécuritaire telle qu’il puisse prendre des positions aussi tranchées à l’heure actuelle.

Hormis la Tunisie, aucun pays arabe n’a appelé au départ de Bachar Al Assad… Considérez-vous cela comme un pas en arrière ? Le Qatar et Arabie Saoudite ont déclarés être disposés à armer l’opposition syrienne, d’autres pays du groupe « les amis de la Syrie » sont beaucoup plus réticents, du fait du risque important de sombrer dans une guerre civile.

Les pays du Golfe n’ont pas changé leur position et restent des soutiens très importants à la révolution. La déclaration finale issue du dernier sommet de la Ligue Arabe a apporté un soutien indéfectible à la révolution du peuple syrien, à tous les niveaux. C’est tout ce que je peux dire sur le sujet.

Quel est votre regard sur le caractère divisé de l’opposition ? Les craintes des minorités sont-elles selon vous justifiées?

Après 50 ans de totale destruction de la vie politique, de méfiance mutuelle et de peur au sein des différentes composantes de la population syrienne, je peux vous affirmer que ce qu’a réalisé l’opposition syrienne durant les 13 derniers mois tient du miracle ! Pourquoi devrions-nous attendre une seule opinion, une seule position, émanant d’un seul groupe ? Je vous rappelle que le peuple syrien a vécu depuis 1963 sous le joug de la pensée unique. Ce dynamisme tous azimuts est somme toute normal. Le Conseil National Syrien (CNS) est une plateforme qui regroupe la majorité des groupes d’oppositions ainsi que de nombreuses figures indépendantes. Il est la représentation de toute la diversité politique, intellectuelle, religieuse, ethnique du peuple syrien. Le plan de transition du CNS prévoit et confirme les droits constitutionnels pour toutes les minorités, particulièrement les Kurdes. Le CNS a toujours œuvré à unifier et apporter les garanties nécessaires pour une nouvelle Syrie avec les mêmes droits pour tous. Peu importe les statuts de majorité ou minorités. Etat de Droit, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, appel à un sincère processus de réconciliation nationale, ce sont les principales garanties pour rebâtir la Syrie de demain.

Pensez-vous qu’une intervention étrangère reste possible ou est-ce totalement inenvisageable ?

Toutes les possibilités restent envisageables et sont prises en compte par les différents acteurs y compris le Conseil National Syrien. Il n’existe pas une solution unique pour mettre fin au règne du clan Assad, mais toute décision nécessite concertation et coordination. Je parlerai plutôt d’une stratégie globale qui userait de la poursuite des sanctions contre le régime actuel, la mise en place d’une zone libre, une intervention militaire ciblée avec des objectifs précis, le ravitaillement en armes des soldats ayant fait défection, en plus d’un appui politique et économique des pays de la région. La difficulté majeure est que les acteurs de la région travaillent à différents niveaux. Par exemple, il n’y a pas une réelle homogénéisation dans la mise en place des sanctions économiques.

En même temps, des navires militaires continuent d’alimenter le régime actuel en armes. Celui-ci continue de bénéficier aussi d’un appui financier de la part de la Russie et de la Chine. La forme et l’ampleur de toute intervention militaire doivent être analysées sur la base du contexte spécifique syrien, des forces militaires en présence et de l’habilité du régime à manœuvrer en cas d’attaque militaire extérieure.

Comment voyez-vous le futur du Moyen Orient ?

Je pense que la région enregistrera un nombre important de changements dans les jeux d’intérêts et les positionnements stratégiques des différents acteurs. Cela ne se fera pas sans une reconstruction des sphères politiques et économiques. C’est un processus très complexe mais nécessaire pour un Moyen Orient capable de tirer le meilleur de son potentiel politique, économique et social.

Impossible de conclure cet entretien, sans évoquer la question palestinienne. Que peuvent attendre les palestiniens de la chute du régime de Bachar Al Assad ?

Le peuple syrien est un soutien majeur à la cause palestinienne. N’oubliez pas que nous syriens, partageons leurs revendications de mettre fin à l’occupation des territoires occupés (NDRL, le plateau du Golan, territoire syrien, est occupé par Tsahal depuis la guerre des Six jours de 1967 et annexé par l’Etat hébreu depuis 1981)

La mise en place d’une authentique et opérationnelle démocratie en Syrie servira non seulement les intérêts des palestiniens, mais des peuples de toute la région. Pour des raisons géostratégiques que nous ne pouvons nier, la stabilité de la région passe par la stabilité de la Syrie. Cela prendra du temps avant que notre pays puisse retrouver sa place en tant qu’interlocuteur politique et économique majeur dans la région.


Entretien mené par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l’Institut Amadeus.

 

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