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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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Entretien avec Said Mouline sur l'ADEREE

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Entretien avec Said Mouline sur l'ADEREE
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L'efficacité énergétique, une priorité économique et sociale pour le Maroc

Said Mouline, directeur de la nouvelle agence marocaine pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique(ADEREE), revient sur le développement des énergies propres au Maroc. Alors que le Royaume connaît un essor considérable des projets énergétiques avec l’annonce du plan solaire  national et le lancement de parcs éolien, un engouement pour les énergies renouvelables se fait sentir de la part de nombreux acteurs, y incluant l’Etat et les investisseurs. Par ailleurs, il nous livrera les tenants et les aboutissants du programme national sur l’efficacité énergétique dans les différents secteurs, ce qui pourrait susciter une véritable évolution dans la maitrise de consommation d’énergie des marocains. 

 

 

 

 

Propos recueillis par Mathilde Darras Sadik,  chargée d'études, 

centre d'analyses et publications, Institut Amadeus

 

  1. 1. Depuis Mars 2010, le CDER s’est transformé en Agence ADEREE,  quelles sont les nouvelles missions de cette agence ?

 

En effet, l’ADEREE est la transformation du CDER, créé en 1982, en agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. La raison principale d’une telle évolution et qu’en plus du développement des énergies renouvelables, il est important aujourd’hui de maîtriser la consommation d’énergie et d’atteindre ce que l’on appelle une meilleure efficacité énergétique.

En ce sens, l’efficacité énergétique est la maîtrise de la consommation d’énergie dans l’industrie, dans les transports et dans le bâtiment qui sont les trois secteurs les plus énergivores. Je remarque que ce sont les secteurs les plus concernés dans notre pays mais c’est également une vérité à l’international. Le Maroc étant un pays très dépendant énergétiquement, il est d’autant plus nécessaire de commencer à mieux maitriser notre consommation. Ne plus gaspiller, cela signifie procurer les même services mais en consommant moins d’énergie. Il y a plusieurs niveaux d’actions différents pour atteindre ce but : par le changement de comportement, le changement de matériel et enfin développer des énergies de substitution et c’est sur ce point précis que le renouvelable entre en jeu.

L’ADEERE  a pour mission d’accompagner le gouvernement sur deux missions. La première est d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique. Les programmes porté au plus haut niveau de l’Etat ont déjà commencé dans le solaire.  Nous avons des objectifs chiffrés de puissance installée à l’horizon 2020 de 2000 MW dans l’énergie solaire, de 2000 MW dans l’éolien et de 2000 MW dans l’hydraulique. Les gros chantiers structurants et des plans directeurs volontaristes  ont été mis en place et c’est aujourd’hui un schéma par lequel le Maroc montre l’exemple en Méditerranée notamment.

Du côté de l’économie d’énergie, il nous est demandé d’atteindre 12% d’efficacité énergétique. Ce qui signifie qu’il est nécessaire de trouver dans les secteurs des transports, de l’industrie et du bâtiment, des formules pour aider les industriels à réduire leur consommation énergétique, tout en continuant leur production c’est à dire être plus efficace en terme de consommation d’énergie dans les différents secteurs. Cela nécessite parfois des accompagnements financiers, parfois des aides à l’investissement car en effet lorsque l’on parle des énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique, la problématique est toujours la même : celle de l’investissement de départ.

L’autre volet d’action de l’agence c’est la communication et la sensibilisation. Il faut donc présenter et accompagner car lorsque l’on veut changer les comportements, il faut savoir démontrer le gain à investir plus à l’achat dès aujourd’hui parce que les factures énergétiques seront moindres demain. Nous apportons une aide pour inciter le citoyen marocain à se sentir concerné et lui faire comprendre qu’il a un intérêt à suivre cette voie.

 

  1. 2. Les énergies renouvelables auront vocation à assurer  la sécurité énergétique du Maroc, elles sont également l’occasion de créer un « green business» avec de nouveaux investisseurs étrangers, par la création d’emploi et la maitrise des nouvelles technologies.

Tous ces éléments sont ils facilitateurs pour assurer la stabilité économique du Maroc ?

 

Le Maroc n’est pas un gros émetteur de CO2 mais la prise en compte de la dépendance aux importations en énergies à 97 % du Maroc doit motiver à un effort dans la réduction des énergies conventionnelles. En effet, en cas d’augmentation des cours des matières premières, le Maroc aura une facture énergétique très importante qui reste difficilement supportable compte tenu des enjeux économiques et sociaux du pays. On comprend donc la pertinence et la nécessité pour le Maroc d’investir dans ces nouveaux projets prometteurs d’énergies renouvelables.


En 2008, la facture énergétique du pays était de 71 milliards de Dh. Et à titre de comparaison, le plan solaire marocain annoncé est de 70 milliards de Dh et sa réalisation est planifiée sur les dix prochaines années.

Maintenant, il y existe plusieurs façons de faire coïncider la sécurité énergétique et la stabilité économique du pays : l’évolution des technologies et la diminution des prix des renouvelables. En effet, dans certaines filières comme l’éolien, les prix deviennent vraiment compétitifs. D’un côté, le prix des énergies conventionnelles s’accroit et de l’autre le prix des énergies renouvelables diminuent, et le Maroc a fait le choix d’anticiper ce croisement. Pour se faire, un programme national a été pris avec une visibilité pour les industriels afin qu’ils puissent s’implanter, développer de l’emploi, développer un savoir faire marocain vu le potentiel de notre pays en solaire, éolien, hydraulique et côtières également.

Un schéma très volontariste est appuyé au plus haut niveau de l’Etat par une priorité orienté vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

 

 

  1. 3. Peut-on alors qualifier la stratégie verte du Maroc comme l’annonce d’un nouveau modèle économique ?

Oui, les programmes en lancement des projets d’énergie n’ont pas uniquement cette finalité. En effet, le fait que le développement des énergies renouvelables soit un programme national laisse entrevoir un nouveau modèle économique.

 

  1. 4. L’une des stratégies du Maroc est elle d’apporter son expertise et ses technologies vertes en Afrique dans les prochaines années ?

Sur le continent africain, peu de pays ont un réseau national électrique qui distribue de l’électricité sur l’ensemble de son territoire. Il y a donc des zones rurales qui n’ont pas accès au réseau électrique. Bien sur, Un groupe électrogène et un mini réseau pour alimenter les villages existent mais reste une solution provisoire. D’autres formules sont possibles pour électrifier les villages. L’approche décentralisée par des systèmes solaires individuels à l’instar de celle que nous avons développé au Maroc pour des milliers de foyers loin du réseau peut être développée. Concernant l’électricité de puissance, vu l’énorme potentiel hydraulique, solaire et parfois éolien dans plusieurs pays africains.  

Je crois qu’il y a un grand potentiel, qui nécessite des investissements, pour les pays africains à faire de l’électricité de puissance en terme d’éolien et de solaire. Le continent a largement la capacité d’être autonome alors qu’aujourd’hui encore de nombreux pays africains importent du pétrole ou du fioul à prix très élevé pour faire de l’électricité.

En effet, le Maroc peut apporter son expertise sur son expérience dans les énergies renouvelables et de nombreux projets seront  à mener ensemble.

 

  1. 5. Dans son plan solaire, Pourquoi le Maroc a fait le choix de combiner le développement du  thermo-dynamique et le photovoltaïque sur son territoire ? Ces deux mécanismes sont ils complémentaires et viables au Maroc ?

Oui, les deux filières du thermo-dynamique et du photovoltaïque sont complémentaires sur le territoire marocain. Et cette question fut l’objet d’un large débat.

Tout d’abord, dans le thermo-solaire plusieurs filières existent : parabolique, miroir de Fresnel, les tours à concentration… et dans le photovoltaïque il y a également de nombreuses filières. Le choix de l’une ou l’autre filière dépend des facteurs géographiques et des services à rendre à la compagnie électrique: l’ensoleillement, le besoin en eau, et le souhait de faire ou non du stockage après le coucher du soleil. Chaque filière apporte une plus value. Des sites seront davantage orientés photovoltaïque et d’autre plutôt thermo-solaire.

 



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